la Serbie

 

SERBIE

serbie.

27 Mai:

Ayant été rejoint la veille par mon frère, Julien, et un ami, Aurélien, pour une période de quinze jours,  notre nombre (4 humains et 5 animaux) nous faisait nous sentir plus fort, plus optimistes, prêts a argumenter notre passage de la frontière Serbe par la corruption si nécessaire. Ceci étant, je précise, monnaie courante dans le pays.

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Nous nous sommes donc présenté devant le petit poste tout sourire, en espérant fortement que ceci jouerait en notre faveur. Les douaniers sont tout d’abord restés de marbre. L’œil observateur, accusateur, leurs premiers mots furent bien évidemment : « dokument ! » ,  les suivants concernaient l’attache de nos animaux. Effectivement, il fallait mieux garer nos ‘’véhicules’’ en cas d’attente prolongée.

Puis j’ai lancé mes premiers mots à moi, en Serbe. L’atmosphère s’est immédiatement transformée, les sourires sont apparus et les interrogations avec : ‘’d’où venez vous, où allez vous, pendant combien de temps, ou avez-vous appris le Serbe…’’ les questions habituelles en somme. Nous y ajoutions nous aussi les nôtres concernant les endroits à ne pas rater. Non pas que nous étions réellement intéressés, puisque, par expérience, les gens nous recommandent toujours vivement les grandes villes… Mais la police s’adoucie au contact du rare touriste venu se perdre ici. 

flic 

 Si pour nous ces discutions étaient uniquement la clef de notre entrée dans leur pays, eux y prenaient un réel plaisir. D’autant plus que l’un d’entre eux connaissait quelques mots de Francais et était donc ravi de les utiliser pour l’occasion.

            La vérification de nos passeports fut donc rapide et celle des papiers des animaux encore plus. La page des vaccinations ne fut pas ouverte, les puces électroniques ne furent pas contrôlées… Aucun vétérinaire pour inspecter leur état de santé, et pas un des dix hommes présents parlant l’anglais pour déchiffrer les documents.

20 minutes plus tard nous étions ainsi déjà de l’autre coté de la barrière, et déjà pris en photo par les premiers automobilistes croisés..

C’est le sourire jusqu’aux oreilles que nous pouvions entamer cette nouvelle traversée.

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            Notre première mission dans le pays concernait le ferrage de nos équidés. Nos amis Bosniaques nous avaient conseillés de trouver un Maréchal ici. La Serbie semblait, selon eux, regorger de ce métier au vue des nombreux chevaux environnants.

Ceci en théorie…car en pratique la Bosnie est finalement  plus pourvue en chevaux que ne l’est la Serbie.  Une fois de plus il est amusant de questionner les riverains sur les us et coutumes du pays voisin. Nombreuses sont les fausses idées qui se développent entre les gens, vivant pourtant à peine à quelques kilomètres seulement les uns des autres.

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            Nous nous sommes tout de même mis en tête de trouver l’homme qu’il nous fallait. Nous y sommes arrivés après quelques jours, en passant dans… une ville ! A Sabac exactement. Et ce, toujours grâce à cette énergie Yougoslave qui vous mène de rencontre en rencontre, chacun cherchant toujours à nous aider un peu plus.

30 Mai :   Dans cette grande ville, non loin du centre, dans le quartier tzigane, il y a une vieille petite baraque aux carreaux cassés qui semble ne plus être utilisée depuis longtemps. Elle l’est finalement. C’est là que se trouve l’atelier de ce fameux ‘’Potkivac’’ (Maréchal ferrant) de 75 ans. Apparemment un des derniers du coin, aux dires des journalistes venus rédiger un article sur lui. Si ce n’est pas avoir de la chance!

Nous avons ainsi ferré Cortex et Rassoudok l’un après l’autre. Le premier jour le maréchal s’est déplacé jusqu’au parc ou nous campions pour mettre ses nouvelles petites chaussures à Rassou. Cette première fut facile, comme toujours avec notre petit ânon (qui n’en est plus vraiment un… je vous l’accorde).

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Puis le lendemain nous nous sommes déplacés en ville avec Cortex. Une autre histoire… Nous n’étions pas encore arrivés que nous avions déjà croisé une charrette de tziganes ramenant des métaux de la ville. Et, comme je l’ai signalé dans l’article précédant, la vue d’un cheval tirant une carriole a un drôle d’effet sur lui. Il a donc commencé à s’énerver. Par s’énerver j’entends : tenter de suivre la charrette (en force bien sur) tout en lancant son habituel petit cri aigu qui accentue reellement la folie de l’instant.

Heureusement il a fini par se calmer sur le chemin de la petite maison du Maréchal, permettant le ferrage de ses deux sabots avant. Puis une autre charrette est arrivée…  Celle-ci s’est arrêtée a seulement quelques mètres de nous. Le cheval, tirant une chèvre ainsi que du foin, avait besoin d’être ferré lui aussi. Mais pour Cortex, là c’était certain, s’en était fini. Impossible de le calmer, il criait de plus en plus, braillant autant qu’il hennissait.

Nous avons donc dû faire déplacer l’autre animal le temps de pouvoir repartir tranquillement… si je puis dire. Notre mulet n’eu ainsi le droit qu’à deux fers, et ce grâce à son caractère légendaire.

 

            Ce fut la première, et certainement la dernière fois que nous passions autant de temps dans une ville ( tout de même une semaine), et qui plus est, dans une grande ville. L’expérience fut très intéressante et complètement différente de ce que nous avions l’habitude de vivre.

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Premièrement, la grande majorité des riverains parlaient l’anglais, cela nous facilitait réellement la communication. Nos conversations pouvaient ainsi être poussées plus loin et nous en profitions pour questionner plus facilement sur des sujets pas toujours évidents à aborder. La guerre par exemple. Laquelle me direz-vous, celle de la Yougoslavie ou bien celle du Kosovo ? Les deux ne vont pas de paire, mais pourtant, pour la plupart des Serbes, que l’on parle de l’une ou de l’autre les questions sont vécues comme des agressions. Sujet sensible et pas toujours souhaitable à aborder. Ils savent bien ce que l’Europe de l’Ouest dit et pense d’eux, et ils ont la forte impression d’être accusés à tord et vus comme les ‘’méchants’’ alors qu’eux se considèrent victimes. Beaucoup de violence et de haine sortent des paroles des jeunes, d’autant plus de la part de ceux qui, sans l’avoir choisi, se sont retrouvés une arme entre les mains, envoyés pour tuer. Il n’est donc pas rare que des phrases telles que ‘’le Kosovo, on le récupèrera, et le sang coulera de nouveau s’il le faut’’ s’échappent de la bouche de certains.

Etrange atmosphère, pas toujours évidente à gérer lorsqu’il sagit de stopper les conversations devenant trop virulentes, le Rakia (alcool local) n’aidant en rien.

J’avoue que dans certaines conditions la barrière de la langue aurait tout de même été la bienvenue…

Mais ne vous détrompez pas, la possibilité de parler une langue commune n’a pas uniquement servi à parler de guerres et d’horreurs, cela nous as également permis de comprendre bien des choses incomprises au court de notre périple en Yougoslavie qui ont ainsi pu nous être clairement expliquées.

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            Mis à part les rencontres, ce qui était également différent pour nous était la manière de fonctionner avec nos animaux. Comment rester en ville accompagnés de toute notre animalerie ?

 Les premiers jours nous avons choisis de camper dans un grand parc au bord de la rivière se trouvant a seulement quelques minutes du centre ville. Deux à deux (mon frere et Aurelien etant toujours en notre compagnie), nous pouvions ainsi chacun notre tour aller chercher ce dont nous avions besoin : chaussures, vêtements, matériel pour fabriquer et réparer, bref, tout pour préparer la continuité de notre route en tenant compte de l’été approchant. Puis, après quatre jours au milieu de tous ces citadins venant respirer l’air ‘’pur’’ dans le plus grand jardin du coin, les policiers Serbes sont tout de meme venus gentiment, et ce n’est pas ironique, nous demander de nous deplacer. Pas mal, dans n’importe quelle ville francaise je pense qu’une petite demi heure aurait suffit a avoir raison de nous...

notre-mulet interimaire.

Pour terminer notre semaine nous nous sommes donc deplace a quelques centaines de metres de notre premier campement pour aller bivouacer sur le site reserve a la fete foraine de l’ete. Un immense champ rempli de gramines et diverses bonnes herbes dont rafollent nos equides. L eau n’etait pas un probleme, les robinets ne manquant pas dans les alentours.

Grace aux bons conseils des nombreux amis que nous avons rapidement rencontres un peu partout dans la ville, nous avons donc pu passer une agreable pause pourtant immerges en milieu urbain.

punks-hol-gans-de-sabat    nuit-blanche 

show-momo

8Juin 

            Cependant apres ce bain de civilisation nous avions grandement besoin de retrouver nos sources et retourner a notre "train-train" quotidien, si j'ose dire. Envie de nature, de calme, et de rencontre hazardeuses au gres des petits chemins campagnards.

            Nous nous sommes donc activement mis a la recherche des plus petites routes, passant de preference par les montagnes. Notre entree en Serbie s'etait effectuee par la partie plate du pays, tres cultivee ( la Serbie etait tout de meme consideree comme le grenier de la Yougoslavie!) et tres, tres plate. Cela, pour nous, rimmait quelques peu avec ennui, nous avions soif de relief et de changement.

ju-et-gosse

            Cependant, lorsque l'on cherche a se perdre au milieu de nul part la vie nous reserve parfois des surprises. Que faire lorsque la carte nous presente des routes qui finalement sont fermees par les militaires?

20 juin, 6h

mami

            C'est ainsi que nous nous sommes retrouves face a un camp d entrainement ou, de loin deja, nous pouvions entendre les bombes et rafalles de mitrailettes. De nouveau, que faire? Effectivement nous aurions pu immediatement faire demi tour, nous rallonger de 30 km et passer par la seule autre route possible: une grosse nationale...

Devenus tetus comme nos anes nous avons choisi une autre solution: insister aupres des militaires pour qu'ils nous laissent passer a une heure sans entrainement. La route traversant cette zone a risque s etendait sur environ 10km, deux heures suffisait a en sortir.

Nous voila partis a discuter avec eux. Le premier a qui nous expliquons notre "projet" appela un collegue, puis le collegue en appela un autre...et apres quelques temps un des grades prit la releve. Une nouvelle fois nous racontons notre histoire et demandons la possibilite de passer. Mais on ne rentre pas comme ca dans ce camp militaire nomme "polygone". Avant tout il nous fallait nous assoir sur deux petites chaises en bois, face a trois hommes de vert vetus. L'un questionnant, l'autre traduisant en anglais, et le troisieme surveillant.

riviere-polluees  cochon dans la riviere...

Oui, oui, nous avons eu le droit a un interrogatoire assez pousse. Deux precautions valent mieux qu'une, n'importe quel espion pourrait tout a fait trouver une couverture comme la notre. Quoi de mieux que deux anes et deux chiens pour passer inapercu?! Une fois toutes leurs questions ayant trouvees reponses, ils nous ont sympatiquement demande de patienter quelque temps afin qu'ils essayent d'organiser notre passage en toute securite. Nous meme n'y croyons pas! On voulait tenter...mais de la a ce que cela fonctionne..

Trois heures d'attente en compagnie des ambulanciers militaires avec qui nous avons gaiement pris le petit dejeuner. Ils etaient ravis de nous rencontrer et nous offraient les uns apres les autres quelques rations de nourritures: Jus de fruits, petits gateaux et bien evidemment des boites de conserves qui furent par la suite, je m'en excuse, donnees aux chiens.

Apres toute cette rigolade, un des nombreux grades rencontre durant la matinee est venu nous annoncer une mauvaise nouvelle. Il ne leur etait pas possible de nous laisser traverser les 10km voulus. Trop dangereux.

Qui ne tente rien n'a rien...Nous avons donc du nous resoudre a faire demi-tour et contourner cette montagne pour continuer notre route vers la Bulgarie.

momo   rassou-grace

            Une fois de plus de nombreuses rencontres et apprentissages auront agrementes notre avancee, mais, plus encore que cela, la Serbie aura, pour nous, ete le point de depart d'une transition dans notre voyage.

David et moi avions pris la decision de continuer nos routes separement. Nous avions donc a organiser ce nouveaux depart.

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