Iran

carte d'Iran

  


15 Août 2013:
L'Iran. Une nouvelle frontière et toujours cette obstination "ils vont nous laisser entrer". Cette petite voix qui murmure "et si tout s'arrêtait là?" n'a pas sa place. "Nous créons le monde avec nos pensées", ce n'est pas de moi.
Cette fois nous arrivons de nuit. Au vu de la chaleur la raison nous dicte que l'attente sera plus douce pour chacun à 20° plutôt qu'à 40°. Nous craignons seulement l'ordre de revenir demain, peut être à cause d'une probable absence du vétérinaire inspecteur dont nous avons une chance de profiter. Mais non, les Iraniens ont un sens poussé de l'accueil, alors, le vétérinaire nous le dit lui même: " J'habite à 60kms et j'étais à une fête de famille, mais quand mes collègues m'ont informés que deux Français attendaient au poste avec deux ânes je suis tout de suite venu avec ma femme et mes enfants dans la voiture." Il est 2h du matin. Son discourt fut clôturé par un "Bienvenu en Iran!" après avoir été quelque peu impressionné par notre document officiel autorisant le transit de nos amis équidés sur le territoire de la République Islamique d'Iran.


16 Août 2013: Nous sommes en 1392, le mois 5. Prêt.. Feu.. Top! Partez! Un mois pour atteindre Téhéran et réaliser une extension de notre visa.

Autant vous dire que Rassoudok, Cortex et Nada transpirent déjà devant la tâche qui les attend...

 

 


Trois heures de sommeil à peine dans une chaleur accablante au milieu de bosquets infesté de moustiques. Il nous faut partir et marcher pour atteindre un point d'eau et de l'ombre avant que le soleil ne me fasse bouillir dans tous les tissus entourant mon corps de par la force de la loi.

 

 

     


Allah merci, au premier carrefour, la population ayant entendu notre appel à la fraîcheur, un homme apparaît pour nous offrir une belle assiette pleine de figues juteuses. Et ce, juste avant qu'une jeune femme ne me tende par la fenêtre de sa voiture une paire de chaussure. Une des miennes venait de rendre l'âme, je marchais pied nu.

nomades

 


La première journée dans un nouveau pays, comme toujours, nous souhaite la bienvenue. Celle-ci fut comme les autres et nous croulâmes sous les invitations et dons de nourriture.

        

      

 

 

morgane 


23 Août 2013: " Désert", ça y est, le mot est sorti. Et c'est Rami de sa propre bouche qui nous le dit alors que nous n'osions le prononcer. La petite zone de repos où nous sommes, invités par notre nouvel ami, est une oasis sans eau rassasiant tout de même nos âmes par son unique verdure. Nos yeux se laissent aller aux alentours. Cailloux, poussière... Nous sommes bien ailleurs. "Désert", au milieu des mines de sel même les eaux des rares rivières ne sont pas douces.

     lezard

"Désert" des kilomètres de fine terre nous couvrant peu à peu, la peau tendue d'écailles, les lèvres creuses, le regard au loin sur la taille de ces étendues.

 

 

  


24 Août 2013: Arpa Darasi, 20 kms avant Tabriz, c'est là que les signes nous ont menés, jusque chez Keyvan, propriétaire d'une écurie. On nous avait dit "là-bas, des chevaux y'en a plein!"? alors depuis quelques jours nous promettons à Cortex et Rassou vertes prairies et chevaux galopants.

Oli 0201tournesolred

Purs fantasmes de nos esprits. La vérité est bien autre: paysage de désert mexicain, pas une herbe, de la terre rouge qui vole au vent, des chevaux nombreux certes, mais enfermés dans des box et ne sortant qu'à la venue de leurs propriétaires.

       


Cependant, malgré les apparences difficiles, Keyvan, de toute sa générosité, fit de cette semaine d'arrêt (le temps pour nous de trouver un véhicule pour aller jusqu'à Téhéran) une pause confortable où chacun ne manqua de rien.

 

Keyvan

 

notre box aménagé en chambre        

 

Tabriz

 

       bazar

bazar

 

fabrication de tapis

 

         

 

 

        


31 Août 2013 : 100 euros et 600kms plus tard nous sommes déposés à Lavasan par nos deux chauffeurs ne voulant pas dépasser le panneau d'entrée de la petite ville..

      voyage serré

Ca y est. Nous sommes à Téhéran! 20 millions d'habitants avec les alentours. Ca parait dingue et pourtant nous n'avons pas le choix. Les pays suivants réclament des visas. Ici le "vrai" voyage commence, nous disent certains. Si par "vrai" voyage on entend: fini de prendre le temps..


Suis-je cinique.. Ils parlent de culture, évidemment.


De culture, ici Musulmane, imposée à coup de couteaux sous la gorge il y a de cela environ 1300 ans à la place du Zoroastrisme, puis récemment extremisee de plus belle par Khomeyni, voleur de la révolution communiste de 1978, rentré en Iran uniquement pour prendre le pouvoir alors qu'il habitait en France depuis sept ans. Je ne m'étendrais pas sur nos gouvernements de l'Ouest qui s'acharnent médiatiquement sur les pays du Moyen-Orient alors qu'ils nourrissent et pretent main forte a la mise en place de leurs dictateurs.


Dictateur, oui, dans un pays où il y a des élections mais où le vrai pouvoir est attribué au Leader, actuellement Khamenei (fidèle successeur de Khomeyni), décidant de faire tuer sa population de sang froid si ça lui chante, comme il y a quatre ans, lors des élections.
Et les Iraniens ont une image internationale les présentants comme des terroristes? Eux, victimes de la terreur de leur police (Sepa, Basidjiz), eux, obligés de se plier à des règles religieuses, eux, dont une grande partie des intellectuels et artistes furent assassinés, eux qui n'ont surtout pas le droit de s'exprimer... Toute une population qui souffre déjà la folie de son gouvernement et de quelques illuminés doit, en plus, supporter le poid d'une image médiatique internationale mensongère.

Hamed             hamid

 

              

 

             

 

             

 

             

 

              

farzane             

coup de main d'Hamid et Farzané pour un projet :-)


Malgrés tout cela les Iraniens ne changent pas. Doux, fins, cultivés, amoureux des arts et de la litterature, accueillants et prêt à tout pour aider autruit, allant jusqu'à faire passer les besoins des autres avant les siens propres. Mesdames et Messieurs les Européens, vous, appeurés et suspicieux envers l'étranger, devriez en prendre de la graine!

arezoo         

 

 

 

     

      

Nous sommes restés là trois semaines, dans un petit verger situé à 30kms de Téhéran, le temps pour nos visas Turkmènes et Ouzbeks d'être prêts.

metro de Teheran

 

             

En attendant, nous, nos yeux et nos oreilles, explorèrent cette nation dont la langue (Farci) est si belle.

                

Et c'est accompagnés de quelques amis Iraniens rencontrés en Arménie (Arezoo, Peter, Hamed...) et d'amis de ces amis (Hamid, Farzané, Vahid, Azarakhsh,Shima, Nima..) que mon coeur s'ouvrit. Pour la première fois en trois ans je me suis dit "je reviendrais". Et que cela n'en déplaise à certains, et malgrés le voile et la dictature, je suis littéralement tombée amoureuse de ce pays qu'est l'Iran.

23 Septembre 2013:
Tomber amoureux ça ôte parfois quelque peu l'objectivité. Mes amis Iraniens, alors que je répétais souvent qu'ils étaient sûrement la population la plus intelligente rencontrée sur notre route jusque là (ce qui est vrai) me rappelaient de ne jamais faire de généralité. La vie décida de me faire la leçon.
Et Mohamed fut.
"Momo" comme nous l'appelions, la fière descendance d'Ali (si, si, c'est vrai!), 37 ans, un p'tit oiseau à la place du cerveau, notre chauffeur pour Mashad. (Afin de ne pas arriver au Kirghizstan en plein mois de janvier ainsi que de respecter notre durée de visa nous avions de nouveau besoin d'un saut de puce)
Ca commençait plutôt mal. Le camion était légèrement trop petit et Cortex se blessa (rien de grave mais quand même.. )cinq minutes après le départ.

Gazelle pour Mashad

Momo conduisait n'importe comment, ce qui nécessita une petite mise au point. Il répondit: "Ne vous inquiétez pas! J'ai l'habitude, mon travail est de transporter de la viande pour les Restaurants." Oui Momo... Mais nos animaux sont vivants! Que dire?
A peine partis, alors que nous entamions un trajet de 24h, il voulu faire un détour au nord de Téhéran (détour d'une heure au moins) pour aller chercher un termos de thé chez lui... Refus de notre part. Mais peu importe, un ami lui apporta sur la route, nous attendîmes une demi-heure..
Chaque démarrage se réalisait en poussant. Le camion ne pouvait démarrer seul apparement..
Un peu plus tard les phares s'éteignirent. Panique à bord. Mais pas pour Momo qui n'avait aucune intention de s'arrêter pour si peu. C'était sans compter que nous deviendrions hystériques et que je me mettrais a lui hurler dessus. Il s'arrêta, tanta de nous convaincre qu'il n'y avait aucun danger à rouler dans le noir sur l'autoroute, puis fini par trouver une solution devant notre désir de descendre les animaux et de nous débrouiller sans lui.
Vers 5h Momo s'arrêta devant une petite Mosquée. Par chance, il souhaitait prier.


Puis nous suggérâmes une sieste. Non. L'oiseau volant voulait voler.
C'est dans l'après-midi, alors que le camion s'arrêta faute de gazoil (momo...), que le pire moment de ce voyage arriva. Nada, dont l'état ne cessait de s'empirer depuis quelques jours sans autre explication que celle d'un empoisonnement, cessa de respirer la main de David sur son coeur jusqu'au dernier battement. Son âme partie rejoindre celle de Zoukia et Pity. Entre maladies et empoisonnement ce voyage aura, en trois ans seulement, eut raison de tous nos compagnons canidés...
Nous n'avons rien dit à Momo de peur qu'il ne veuille pas continuer la route avec le corps sans vie de notre ami. Il était hors de question de l'abandonner sur le bord d'une route.
Le p'tit oiseau ne vit rien et demandait "il dort?" oui, il dort, et ce durant les cinq heures du reste de notre trajet.

 

Nada


Je passerais sur les détails de la suite de ce voyage, la panne de d'eau, la dispute lorsque momo décida soudainement d'augmenter le tarif prévu ou de s'arrêter ici, 150kms avant notre lieu de destination (sachant que nous n'avions plus qu'une semaine pour entrer au Turkmenistan dont les visas transit de 5jours seulement sont datés)... Sa réaction lorsqu'il vit un peu du sang de Nada sur son tapis de sol... Gentiement il s'inquiéta pour Nada... Mais après ces 24h avec lui je ne pouvais plus me contrôler, et, je le regrette à présent, lui parla bien méchament afin qu'il s'en aille le plus loin possible de nous.
23h30 Mohamed, descendant d'Ali, partit enfin. La pression dans nos veines s'apèsa.

25 Septembre 2013:
Après une semaine de courts sommeils et une nuit blanche nous devons marcher 80kms jusqu'à Sarakhs. Nous sommes en plein désert et tous les points d'eau sont espacés d'environ 25 kms.

Désert proche de la frontière Turkmène


Rassoudok doit le sentir, il marche à une allure jamais vu jusque là. Mais, évidemment, nous ne pouvons attendre 30 kms pour les abreuver alors que nous marchons sous un soleil de plomb, David part donc de temps à autre en autostop remplir les bidons.


Avant même le souhait de rejoindre la frontière à temps notre souhait est de trouver un lieu calme pour dormir. Dormir... Nous reposer avant d'entamer de nouveau la marche. Mais nous ne trouvons herbe nulle part, et dans les villages, où il nous est possible d'acheter du grain, les enfants ne laissent pas une seconde leur curiosité de coté.


Le désert semble être la meilleure solution, une fois quelques sacoches remplies d'herbes.
C'était sans compter que, parfois, au milieu de la nuit, les vents se lèvent et les tempètes de sables apparaissent... Y-a-t-il réellement un barbu sur un nuage en train de se marrer???


Il faut donc marcher, marcher encore jusqu'à en mourir de fatigue, et c'est là que, Ô miracle, un endroit magique apparaît. Avec des arbres (rabougris et secs mais des arbres!!!), de l'herbe (très sèche, mais de l'herbe!!!) aux abords d'un village ou se trouve de l'eau et des gens charmants.
20h au lit.
Une heure plus tard "toc, toc, toc" à notre tente... 6 policiers. Nous ne pouvons pas rester là, qu'ils disent.. ici c'est très dangereux, qu'ils insistent.. quelqu'un pourrait venir nous tuer, voler nos animaux ou nos affaires, qu'ils délirent.. Et ça tout en nous montrant leurs revolvers et jouant avec pour nous intimider..
Fatiguée et irritée par ce réveil mes mains et mes quelques mots de Farci répondent " vous nous avez réveillé et nous avons besoin de sommeil, alors si vous voulez que nous partions, pas de soucis, mais demain, pas maintenant."
Mauvaise réponse apparement. Le chef se mit à hurler "KOMAK! KOMAK!" (aide) les yeux exorbités. Ils veulent nous aider... Suis-je bête..
Le problème avec "la loi" c'est qu'on ne peut jamais discuter, ils abusent toujours de leur pouvoir. Et ici, en Iran, refuser c'est rapidement s'exposer à de gros problèmes. Alors nous les suivont après qu'ils nous aient assurés nous emmener dans un lieu où l'eau et l'herbe profusent.
Mensonges, évidemment. Quand on a les yeux qui reflètent la folie et que certains collègues ne savent même pas lire ni écrire, on ne pouvait pas s'attendre à mieux... Nuit sur le bitume d'un parking.. Beaucoup plus sûr.
Merci "la Loi"!


28 Septembre 2013: Notre seule possibilité d'être seuls, malgrés les risques de tempêtes est donc de nous cacher dans le désert. Pas si facile quand la police veille.

Pause dans le coin le plus vert du désert

 

Oasis :-)


Notre chance fut de rencontrer Mohamed, un autre, qui nous invita à camper dans le jardin (plein de hautes herbes vertes!!!) de son hotel situé à Sarakhs, à 500m seulement de la frontière Turkmène.

hotel Doosti, Sarakhs, à 500m de la frontière Turkmène

 

maman et mini doosti        Cortex et

 

Après le désert, le jardin de l'hotel Doosti

 

C'est ici que nous passâmes nos trois derniers jours en Iran, c'est ici aussi que nous pûmes enfin dormir tranquillement.
Happy end!

Commentaires (1)

1. veronique jeudi, 19 Décembre 2013

tes photos sont magnifiques.... quelle aventure tout de même l'Iran !

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