georgie

 

Géorgie 

 

 

 

                 13 Août 2012

 

Cette traversée de frontière s'avéra bien plus facile que prévu, malgré quelques haussements de tons de notre part envers le douanier Georgien, qui, cela dit, avait bien raison de ne pas comprendre pourquoi nous n'avions pas de tampon de sortie du territoire Turque. Une broutille... nous permettant d'éviter une sérieuse amende et une interdiction de territoire dûes à nos dépassements de visa. Regard sévère de notre chauffeur Murat...

 

Vers 10h, une fois le contrôle vétérinaire passé avec succès, nous entrions en Georgie. Cortex, Rassou et Pity n'en pouvaient plus.

 

Changement de monde : Casino, vendeurs d'alcool, filles en mini-jupes et débardeurs avec en fond...une eglise. Bienvenu chez les Orthodoxes ! « Sheitan » fut le premier mot de Murat, toujours aussi comique.

 

9 Kms plus tard nous étions déposés au pied d'un grand champ ou trônaient quelques vestiges de la dernière guerre avec les Russes. Pause. Nous avions le droit de rester un an sur le territoire. Qu'allions nous faire ? Premièrement, pour Cortex et Rassou, brouter semblait être une bonne idée. Ensuite, nous pensions passer l'hiver vers Batumi, zone semi-tropicale. Et puisque l'hiver ne se montrait que dans quelques mois, pourquoi pas se balader tranquillement dans le pays en attendant ?

                                                                                             campement-pluie.

 

Ainsi dit, ainsi fait. Une semaine de repos pour toute l'équipe. Dur,dur ce trajet véhiculé... Puis en avant ! Direction Est, Sud-Est, nous voulions afaire un tour sur le site Troglodyte de Vardzia.

 

Pour ce faire il nous fallait rejoindre les petites routes de montagne, mais, avant cela, nous devions longer sur quelques kilomètres une route assez fréquentée. L'horreur ! Si les Turcs nous avaient semblé être dangereux ce n'était rien à coté des Georgiens ! Les routes sinueuses, se transformant parfois en terre, les vaches et chevaux libres s'appropriant les voies, les piétons et les virages, rien, non, rien ne semblait les faire ralentir. Ils se contentaient de klaxonner...et de nous frôler...nous comme tout être vivant se trouvant sur leur chemin. Le calme inébranlable de nos amis poilus était une chance.

 

Enfin nous avons bifurqué et avons suivis les pistes grimpant les monts. Pity, qui était toujours dans sa carriole se devait de descendre de temps autre quand les cailloux et nids de poules se faisaient trop nombreux. Carriole qui crevait constamment. Nous étions pourtant sur des routes considérés comme « grosses » et indiqués en rouge, telles des nationales... Les petits « Machutka » (minibus), eux, pleins à ras-bord, assuraient leur service de transportpublic sans problème.

 

 

 

Ce nouveau pays nous offrait son souffle. Nous n'étions pas pressés, les montagnes étaient magnifiques, vertes, il y avait de l'eau partout etchaque village possédait de grands espaces ou tout herbivore pouvait venir se rassasier. Nous campions où nous le souhaitions, Cortex et Rassou profitant de leur liber tour à tour.

 

Nos premiers contacts avec la population aussi étaient très positifs. Tous, bien que parfois intrigués au premier regard lorsque nous nous trouvions dans des endroits reculés, nous montraient toutes leurs dents de plaisir à l'entente de nos « Gamardjoba » (bonjour). Les enfants eux même nous saluaient très poliment, sans peur, toujours souriants.

 

Nous étions régulièrement invités à manger, à boire, à dormir. Le thé n'était ici plus de rigueur, du moins rarement. Ici c'était la Vodka. Ces invitationsà la beuverie (les Georgiens ne boivent que « cul-sec » à la mode Russe)étaient réalisées à l'aide d'un tapotement de gosier du majeur signifiant clairement « on s'en jette un coup ? ». La plupart du temps nous refusions. Tout de même...pas à 9h...

 

Nous étions parfois « forcés » à dormir chez l'habitant, et n'avons d'ailleurs jamais autant dormi dans des maisons que depuis que nous étions dans ce pays. Pourtant cela n'empêchait pas une réelle possibilité d'intimité et de temps pour nous, rien que pour nous. Nous inspirions ce nouvel air, nous l'expirions...bref, nous respirions.

 

 

Tivnari

 

26 Août 2012

Après quelques jours passés à grimper des...chemins... ? (peut-on réellement appeler cela des « chemins ») en pleine forêt nous avons vu poindre le nez de quelques grandes prairies alors que nous arrivions à un sommet, et sortions des nuages. Les habitants se sont empressés de nous encercler, de rigoler, les femmes laissant entrevoir quelques dents en or. « Ki » ( Oui ) nous pouvions rester, et plutôt deux fois qu'une ! C'était parti pour dix jours de ce qui aura été un des meilleur moment de notre arrivé en Georgie. Une fois le bivouac en place en haut de la colline surplombant le petit village de Tivnari nous avons offert une totale liberté à Cortex et Rassou, en même temps. C'était seulement la deuxième fois depuis notre départ (expérience réalisée en Bulgarie pour la première fois) et cette libération pour eux nous libérait nous même. Quoi de plus beau qu'un équidé libre de toute corde, de toute barrière?

 

premiere soiree chez Nanouli   cafe-bonbon.

 

 

     

 

 

 

 

tivnari-vue-arrivee       tivnari

 

 

Nous étions invités de maison en maison et participions aux travaux quotidiens : traite des vaches, fabrication du fromage, de la crème et du beurre, fabrication de balais en branches de noisetier, coupe d'arbre pour David... Ce petit village se trouvant à 1500m d'altitude était habité durant seulement 4mois de l'année. Dès que le temps apparaît assez clément, les habitants montent de leur village natal (« Merisi ») vers les hauteurs avec leur troupeau et quelque matériel. Les tâches sont bien définies : deux hommes du village emmènent paître les vaches de toute la petite communauté (et en profitent pour ramener fruits, bais ou champignons trouvés durant la balade de la journée) les autres partent à la recherche de bois ou s'occupent de la coupe pendant que les femmes jardinent, cuisinent, lavent...le tout coupé par des pauses café, ou vodka-vin, selon de quel coté l'on se trouve.

 

 

         

 

   

 

  

 

  

 

Le soir tout le monde se rassemble dehors ou dans une des maisonnette à l'intérieur précaire et si charmant à notre goût, pour manger, boire et...chanter. Les Georgiens adorent chanter, ils chantent tous ensemble, en canon, des airs aux mélodies indescriptibles. Magique.

C'est dans ce genre de cas que l'accordéon et la guitare sont si précieux. nous pouvons enfin apporter notre touche, nous aussi, petits Français si éloignés des traditions et ne chantant plus dans les familles de si beaux airs depuis longtemps.

 

                

 

nanoulistant-premiere-soiree.jpg         

 

 

 

5 Septembre 2012 Suite à l'indigestion passagère de nos deux estomac passée (dûe à l'ingestion répétitive de ce plat local appelé « Borano » : fromage fondu dans du beurre fondu...hum...bon. Mais gras !), au grand regret de nos compagnons aux longues oreilles, qui s'étaient bien habitués à leur petite vie autonome, nous avons repris la route. Pour leur confort nous avons retenté la liberté totale à tous dès la première pause. Échec cuisant. Ils dévalèrent le pent de montagne, que nous avions prévu également de descendre, certes, mais dans l'après midi...et avec les affaires sur leur dos... 6km aller en courant, 6km retour à dos de mulet...

depart de tivnari

 

 

Euphraise                                  

 

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Peu à peu nous nous éloignions de Batumi et de cette région semi-tropicale finalement fort pluvieuse, à présent il faisait beau et chaud. Nos plans changeaient donc : nous passerions l'hiver près de l'Azerbaidjan, notre prochaine destination. Un hiver sous la pluie ne nous disait que moyennement. Et puis, plus nous avancions plus nos yeux se délectaient de ce qu'ils voyaient. Depuis deux ans de voyage, enfin, nous touchions le dépaysement visuel. Nous traversions des régions semi-désertiques, ou parfois pas un arbre ne poussait. Tant et si bien que les habitants se chauffaient grâce aux bouses séchées de leur bétail. Étrange sensation que de discuter avec David et d'observer derrière Cortex et Rassoudok un environnement inconnu jusque là. Oui, c'était ça. Oui c'était pour ça que nous avions décidé un matin de partir. Pour rencontrer des Êtres différents d'accord ; apprendre des langues et comprendre des cultures différentes, d'accord ; mais aussi pour approcher une nature inconnue, mystérieuse, nous émerveiller de sa magnifitude et de sa nouveauté.

 

 

      

 

 

 

 

  

Nous touchions enfin le depaysement visuel. 

 

 

  

 

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Varzia

  

17 septembre 2012 Nous sommes passés par Vardzia, la fameuse zone Troglodyte. Ça valait le détour ! Nous avancions toujours, nos mirettes s'écarquillaient toujours plus et...notre langue pendait un peu... Aux environs d'Akhalkalaki les paysages devenaient de plus en plus arides, hostiles, pas un arbre, et le peu d'herbe des montagnes environnantes était brûlée. La seule trace de vie et d'espoir semblait résider en le peu d'eau qui coulait encore dans le creux de la vallée. Mais nous étions chanceux et finalement trouvions toujours un petit coin, d'où s'élançait parfois quelques arbres ou buissons offrant ombre et herbe.

 

 

 

 

 

                  

 

Vardzia

 

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1er Novembre 2012

 

Notre idée avait de nouveau changé : Finalement nous attendrions la venue du printemps aux environs de Tbilissi. La région était basse, donc l'hiver serait plus doux. Et puis financièrement parlant, la proximité de cette grande ville nous offrait notre seule chance de gagner quelques laris (monnaie Georgienne). Nous allions avoir quelques visas à payer...et ce n'est bien sûr pas gratuit.

Pour nous rapprocher de Tbilissi nous avons attendu que les élections législatives se passent. Les concurrents étant apparemment peu bon joueurs, certains habitants (ainsi que l'Occident) parlaient d'une probable guerre civile... Il n'en fut rien. 

balade-pity-cortex-et-dav-sept-2012.jpg

 

quelques jours de split          

Nous campions à seulement 20km de la capitale dans un champ de noyer et comptions trouver un lieu encore plus proche de la ville où nous pourrions laisser tous nos « enfants » pendant que nous irions rechercher un endroit parfait où passer tout l'hiver. Et c'est en allant chercher du fromage que nous trouvâmes. Lika, charmante jeune fromagère, tenait absolument (nous n'avions rien demandé) à nous inviter chez elle, nous et nos poilus, cela va de soit. Il faut dire aussi qu'ici il y a une grande tradition d'invitation et chaque maison, peu importe sa taille, possède une pièce, nommé « Zala » réservé aux invités. Pour eux l'invitation est un Honneur et il s'en font une joie.

Le lendemain nous étions dans son jardin, Cortex et Rassou le nez dans les quelques derniers coings tombés de l'arbre et Pity tentant désespérément un contact avec « Pipi » le petit chien mâle de la maison.

 

Marina et Bebia         ils attendent maman!

Nous avons passé une semaine à quadriller les alentours de la citée, rentrant tous les soirs vers 9h (heure de débauche de Lika) étant invités à manger et boire un thé avec Marine (« Déda »la maman) et « Bebia » (la grand-mère).

Nous cherchions l'emplacement parfait pour ces quelques prochains mois et ce n'était pas évident. Nous voulions de l'espace, de l'herbe, la possibilité de laisser une totale liberté aux animaux, des amis équidés, et un endroit sûr ou nos acolytes comme nos affaires seraient en sécurité (le deuxième jour de notre arrivée en Georgie nous nous étions fait voler 20m de corde et deux mousquetons, pourtant attachés à Cortex...il avait 40m, c'était apparemment trop..).

le vin

6 Novembre 2012 C'est proche du lac de « Lisi » que nous avons rencontré Micha nous présentant son ami Koba. Koba, propriétaire d'une écurie au pied des premières montagnes à un kilomètre du début de la ville. 12 chevaux, dont la moitié au moins était libres, et des dizaines de troupeaux de vaches et de moutons accompagnés d'ânes et chevaux traversant ces grands espaces. C'était parfait, aussi parfait qu'on l'avait imaginé.

Pity, mon amour s'est envole rejoindre Zoukia   

En rentrant ce soir là nous étions ravis d'annoncer la nouvelle à tous nos compagnons de route. Mais il y avait quelque chose d'anormal... Pity n'était pas venu nous souhaiter la bienvenue comme à chacune de nos arrivées. C'est moi qui suis venue à lui... Il avait l'air fatigué, ne s'était même pas levé et avait la langue un peu sortie, comme quand il était bébé. Je l'ai aidé à se mouvoir. Il titubait, et semblait avoir du sang dans les urines... Pyroplasmose ? Depuis quelques semaines nous passions du temps à ôter de nombreuses tiques de nos poilus. Lika, à part être fromagère, était aussi étudiante en dernière année de médecine vétérinaire, j'ai donc couru vers elle, pour qu'elle nous aide..

Je me sentais perdue, elle s'y connaissais moins que moi semblait-il...C'est dire... Et m'avoua que le niveau de l'Enseignement médical Georgien était alarmant.

Je ne m'étendrais pas sur la nuit qui s'écoula ni la visite chez le vétérinaire le lendemain... Pity avait bien la Pyroplasmose. Il était au plus mal, et son état s'aggravait de minutes en minutes.compagnon

Il est décédé dans l'après midi. En emportant mon cœur. Le vide.

Cortex l'emmena pour une dernière balade en carriole jusqu'à la forêt aux abords de « Tskhneti » (nom de la bourgade)où se trouve une jolie vue sur les montagnes environnantes. Il y repose maintenant, libre de ce corps qui lui pesait et le faisait souvent souffrir.

8 Novembre 2012 Tôt ce matin nous sommes repartis pour nous diriger vers ce lieu d'accueil qui nous attendait, les larmes de mes joues pleines du souvenir de mon double tout juste envolé.

 

 

                                      pano-pres-de-tbilisi                                      

 

 

                                                  Dighomi               Tchini la chamelle

 

                                               

            

                                                                              

 

9 Octobre 2012 :

En arrivant à Tbilissi, nous entrions dans un nouveau monde. Un monde qui paraissait ne correspondre en rien avec la Georgie que nous connaissions...Si ce n'était que les riverains de ce nouvel univers semblaient aussi souriants et communicatifs que ceux du précédant.

La ville était très grande, un peu plus d'un million d'habitants (bien que petite pour tout Européen habitué à plus), et ressemblait, aux premiers abords, à une « vraie » ville, avec des « vrais » magasins, présentant de « vraies » vitrines, des postes de police à l'Américaine (je ne suis même pas sûre que les Américains puissent rivaliser...), des théâtres, des bus de plus de 20 places, il y avait même des contrôleurs dedans, c'est dire ! Rien à voir avec la majorité des villes que l'on pouvait à peine distinguer des villages et où les dit « magasins » se trouvaient être placés dans des maisons à moitié en ruine que seule la réponse indicative d'un passant à votre question vous invitait à aller visiter. 

 

voilà l'écurie! 

 

Certes j'exagère un peu... D'autres villes Georgiennes possèdent aussi des magasins avec des vitrines... Batumi en est la preuve : deuxième plus grosse ville du pays (120.000 habitants) possédant un centre ultra moderne et design, mais qui, malgré sa brillance, n'éclipse pas les vieux bâtiments pauvres et fissurés logés par les habitants...

La capitale joue finalement dans le même ton, décors de western en carton-pâte résidant dans la rénovation des façades des quelques rues centrales de la ville où la plupart des touristes passent la presque quasi-totalité de leurs séjours. Franchissez donc une ou deux portes pour voir ! Surprise de la luxure des murs nus grisâtres et de l'opulence des espaces à peines détaillés de quelques meubles âgés au vernis écaillés... Tiens ! Nous voilà revenus en Georgie ! Ouf ! On avait presque eut peur...

C'est finalement après assez peu de temps, et tout en nous commençant à nous adapter et à réfléchir en terme de vie citadine ( genre « d'hibernation au nomadisme » et à toutes les caractéristiques du mode de vie que cela implique) que nous avons pris conscience du vrai visage du lieu. 

fais pas cette tête Ced! ;-)           

 

10 ans plus tôt, la ville n'était pas encore reliée à l'électricité, les rues devenaient noire en même temps que le soleil se couchait et les nombreuses bandes de quartier et mafias offraient à l'endroit la réputation d'une des plus dangereuse cité du monde. Puis Saakachvili (l'actuel président) est arrivé, à apporté l'éclairage, s'est mis à goudronner les routes, s'est allié largement avec les Occidentaux (Américains et Européens) et a, en même temps qu'il apportait quelques facilités, tenté d'apporter le capitalisme sous couvert de pseudo démocratico-mafia. C'est ainsi que la « modernité » (terme utilisé par les habitants) « nèla, nèla » (« doucement, doucement ») est en train de s'implanter. Ce qui implique pour l'instant entre autre et surtout des constructions démesurés et inutiles coûtant des millions, la venue de magasins de luxe ou l'on vend parfois des montres jusqu'à plus de 15000 euros alors que le salaire moyen n'est que de 200 laris (100 euros à peine) et un « matraquage » publicitaire sur l’intérêt primordial de « l'avoir » au sens superficiel du mot. Ce qui pousse ainsi la jeunesse à privilégier le paraître au détriment de manger... Bravo.

 

Ced, Caro et Flo

Il suffit de changer de quartier et de sortir un peu du centre (lui même déjà présentant son nombre de mendiant et de petits vendeurs nommés « à la sauvette » chez nous, mais qui, ici, ne se sauvent pas, tant les autorités ont encore conscience, pour le moment, que c'est le seul moyen de revenu d'une grande partie des ménages) pour sentir tout le Tbilissi populaire vibrer : les rires à gorges déployées, les engueulades pour rien, les jeunes chanteurs et musiciens qui s'époumonent pour quelques pièces et puis parfois aussi juste pour le plaisir des autres et de l'instant, les odeurs de Radjapouri (feuilleté au fromage typique) chauds vous passant sous le nez dans les mains d'une dame répétant sans fin quelques mots dans cet accent improbable, les sourires, le bruit, les voitures cinglées prêtes à vous faucher, les vieilles dames vendant quelques paires de chaussettes en grosse laine tricotées les jours précédents, ou bien quelques citrons... et les marchés de légumes...Ces innombrables marchés qui semblent recouvrer presque toute la ville... Tout ça les pieds sur un sol goudronné défoncé, marchant entre les déchets et étant régulièrement accostés par de sympathiques badauds, ravis, comme toujours, de pouvoir discuter, et vous lançant toujours facilement un « kaï gogo rar » ou « kaï bitcho rar » (« tu es une bonne fille » ou « un bon garçon ») si heureux de constater que nous parlons assez leur langue pour assouvir leur curiosité.

 

Caro, ready to go!     tu vois Ced, pas si dur de sourire à l'appareil ;-)

 

  salut les copains, et bon voyage! que le vent vous porte...

Aussi amusant et dépaysant que cela pouvait être pour nous qui avions plutôt l'habitude d'une vie opposée à tout ce remue-ménage, nous remercions le ciel, mais surtout Rassoudok et Cortex, chaque fois que nous descendions du bus et sortions des entrailles de la ville pour rejoindre les premières collines au pied desquelles se trouvait notre campement. Quelques chevaux rodaient, quelques chacals hurlaient, et les étoiles nous clignaient de l’œil.

Pour nos petites têtes de mules c'était les vacances. Bien méritées. Et ce, à longueurs de journées. Prendre le bus et s'activer dans les rues ne leur disait rien.

Nous nous réjouissions d'autant plus pour eux que l'endroit était propice à leur laisser une totale liberté. L'endroit correspondait parfaitement à ce que l'on avait espérer en prenant la décision de regarder filer l'hiver à proximité de la capitale.

Quelques chevaux étaient attachés et le reste du troupeau se baladait librement, rentrant chaque soir à l'écurie...Souvent aidés par un jeune cavalier lancé au galop. Cortex, dans ses désirs les plus plus profonds, demandait à peine mieux. Peut être une rivière en plus, et puis.. pas d'humains. Mais sachant pertinemment qu'on ne peut que rarement « tout avoir» il se contentait largement de sa situation actuelle qui se résuma à trois mois de la plus totale liberté, suivant le troupeau la journée et attendant sagement non loin de l'étable durant la nuit avec les deux ou trois seuls équidés ayant cette chance. 

 

 

                                                                                    

 

Il lui arrivait régulièrement de « coller » particulièrement l'un ou l'autre des chevaux, ou poulain... et d’imiter à la perfection leurs moindres gestes. Il tentait d'apprendre à se conduire en cheval tout en cherchant par tous les moyens de trouver une astuce pour cacher ses grandes oreilles. Cependant, peut importe ses efforts, sa voix aiguë, alternant entre braiment et hennissement, le trahirait à jamais. Imiter les autres lui semblait si important que nous nous demandèrent : la communauté équine aurait-elle un problème de racisme ?

Concernant Rassoudok c'est une autre histoire... et ce qui est sûr c'est qu'il s'éclatait bien. S'il restait avec les chevaux les premières heures de la matinée, lui ne comptait pas se convertir en cheval. Alors, lorsque les premiers troupeaux de vaches et de moutons descendaient le chemin menant au village voisin pour atteindre les prairies où nous habitions, il fonçait sur eux tout en hurlant... Comme il sait si bien faire... C'est là qu'il les a rencontré. Qui? Et bien les ânes et ânesses partant avec les bergers. Et ainsi recommença chaque jour le si beau spectacle que Rassoudok s'efforçait, du mieux qu'il pouvait, de rendre comique à nos yeux. Il galopait (si, si, il en est capable !) en chantant sur chaque petit âne (qui ici ne dépassent pas le mètre). Comédie de la peur de l'un et l'autre... ça se poursuit, ça bondit de peur, c'est l'un qui court après l'autre, c'est l'autre qui court après l'un... Ah ! Tiens ! c'est le berger qui court après les deux...

jusqu'à ce que Rassou abandonne.  « Ça ne vaut p'têtre pas l'coup de s'prendre un coup d'bâton... J'vais plutôt partir avec le troupeau de vache dans les montagnes, celui dont le berger est sympa » …  

 

                                                                                                            voici l'entrée de la guest house ou nous avons reçu notre petite famille :-)

 

                                                           surprise! du champagne                                     Noel...en famille! et oui, on n'y coupe pas :-)

 

 

                                                                                 

              

                                                                                                                       vous auriez bien compris qu'on était bien contents de retrouver nos mômans

 

                                                                                         

 

                                

 

 

 

                                                                                     

 

                                                                                           voilà comment ouvrir une bouteille georgienne le premier janvier...

 

                                                                                        

 

                                                                           

 

Rassoudok, trois ans passés maintenant. Plus besoin de « môman » ! Ah...Il est bien loin le temps où je ne pouvais m'éloigner de plus de quelques mètres de lui sans qu'il ne me rejoigne en courant...

Il fugue, il... court après les ânesses, qui viennent d'ailleurs lui rendre visite lors de leurs chaleurs. Et donc il engendre... Pas encore, bien sûr, mais sûrement d'ici 11 mois !

Comique, ça l'était. Fatiguant, ça l'était aussi. Il fallait souvent courir après lui.

Car si Cortex rentrait bien sagement tous les soirs, Rassou, lui, s'habitua peu à peu au territoire et ne tarda pas à ne plus s'inquiéter de rentrer. Du moins pas le soir. Si nous n'avions pas pu le trouver la veille il revenait au petit matin d'un pas nonchalant pour se désaltérer et pousser notre porte en bois de la tête pour réclamer un peu de grain.

Ça ne s'inquiète pas un âne. Même quand les humains du coin savent pertinemment que les loups rôdent et que, pas plus tard que la semaine précédente une vache à été retrouvée à moitié dévorée...

Cette raison, plutôt convaincante pour nous, pas tellement pour Rassou qui en baissait les oreilles tout en nous jetant des coups de tête à la moindre tentative de caresse, nous résigna à l'attacher lorsque nous étions absents, ainsi que la nuit.

Les rôles s'inversaient, à présent c'était Rassou qui jalousait la liberté de Cortex, qui, pour le coup, oubliais quelque peu son ami de voyage.

 

 

                                                                                           

 

Pendant que les brouteurs broutaient, nous autres humains vaquions à des occupations d'humains. Si nous avions choisis de vivre si proche d'une si grande ville nous devions en justifier l’intérêt auprès de nous même. Nous avions la facilité des Ambassades à proximité, certes, mais cela n'était pas tout, nous avions en tête certains projets irréalisables en campagne, tel l'ouverture d'un salon de tatouage pour David et la possibilité pour moi de tirer des notes du soufflet de mon accordéon contre quelques pièces de monnaie. Cet hiver sédentaire ne devait pas entamer nos ressources habituelles destinées au voyage. La suite demandait de payer des visas.

Ces idées déjà bien en tête, tout l'Univers se mis en quête de nous aider. Et, fortement aidés par la souplesse encore existante de l'administration Georgienne, David n'eut aucune difficulté à trouver un local pour un prix très bas malgré la proximité du centre. Il pu enfin avoir un lieu pour dessiner et peindre au chaud et sans se tordre le dos ! Tatouer également, cela va de soit. 

 

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En ce qui me concerne je fis mes premiers pas dans la rue. Pas qui débutèrent par d'innombrables fausses notes tant j'étais intimidé par le regard des gens. Merci David de m'avoir accompagné pour ces premières journées ! Celles-ci furent plus qu'encourageante et je gagnais, en quelques heures seulement, de quoi nous nourrir pour la semaine. Mais les pièces n'étaient pas tout, je me sentais pleine d'énergie et le sourire jusqu'aux oreilles de pouvoir donner, ne serait-ce qu'un instant, une touche musicale à la journée de tous ces badauds pressés. Certains s'arrêtaient pour écouter, d'autres répondaient à mon sourire, des musiciens m'offraient leur musique en retour. Les enfants étant évidemment les plus touchants.

 

David travaillait donc son coup de crayon, pendant que je travaillait mon doigté, et chacune de nos activités nous amenait à rencontrer un bon nombre de gens. Des Georgiens, mais aussi de nombreux étrangers. Tbilissi se trouvant à un carrefour entre l'Europe et l'Asie centrale, la majorité des voyageurs n'échappent pas à un arrêt ici, tout du moins pour faire un ou deux visas. Français, Belges, Allemands, Hollandais, Tchèques, Russes, Iraniens, Indiens, Nigériens, Lituaniens... voyageant de toutes les manières possibles et imaginables. Il nous fut possible d'échanger, de partager, de se raconter, et, bien que nous ne nécessitons pas d'une telle compréhension chaque jour qui passe, il était agréable d'être réellement compris par l'autre. Habituellement la plupart de nos rencontres, bien que trouvant notre projet intéressant, fou, les faisant rêver, ou quoi que ce soit d'autre, ne nous comprenaient pas profondément. Différence de culture, de mentalité, de religion, d'ouverture d'esprit... C'est une des rares fois où nous nous sommes autant sentis compris.

Ces nouvelles rencontres nous menèrent dans différentes voies. 

                                                                                                                                                                                                                                                                                   

                                                                                            

 

                                                                                                                                                 

La première, avec la majorité des voyageurs, nous amenait à passer du bon temps évidemment, à échanger des connaissances et nous nous rassemblions pour des pratiques communes, que ce soit la musique, le yoga, la méditation et autres... Ce qui m'amena entre autre à prendre des cours de Pantomime dans une idée de création d'un futur spectacle de contes pour enfant, que nous pourrions réaliser dans les villages au fur et à mesure de notre avancée. Idée à germer.

La seconde voie nous amenait à rencontrer un monde dont nous n'avions pas l'habitude, bien qu'aux yeux aveuglés du monde (et d'ailleurs également à ceux de nombreux Français) la France ne soit plus qu'un « pays remplis d'immigrés ». Nous apprenions à comprendre et entrer dans l'univers de ceux qui voyagent dans le but de fuir les politiques, la guerre, ou la pauvreté de leur pays d'origine. Certains sont en quête d'un lieu qui leur offrirait juste la chance d'une vie simple, en paix et où, enfin, on ne leur dira plus de partir ; d'autres cherchent la possibilité de se sentir libre du passage des frontières tels nous, ôh combien chanceux Européens ! ; d'autres encore voudraient accéder à un peu de pouvoir d'achat, et surtout, aider leurs familles à sortir un peu la tête de l'eau.

Et enfin, une fois de plus, rencontrer des habitants de pays tel que l'Iran transforme nos visions préformatés d'Européens et nous apprend à ne jamais confondre habitants et politiques, et, plus loin encore, à ne pas généraliser les comportements à l'intérieur même de la dite population. Si vous saviez comme les Iraniens sont doux et raffinés...

 

 

Entre toutes ces rencontres, ces activités, et le temps passé dans les transports en communs (45min aller, 45 min retour) nous courions nous aussi. De vrais citadins !

 

Heureusement Koba vint à notre secours. (4 janvier 2013) Un besoin de changement commençait à me chatouiller les neurones. C'est justement le moment que choisi le propriétaire de l'écurie pour avoir besoin d'un coup de main avec les chevaux. Nous devions aider Guio, notre voisin et nouveau collègue dans sa tâche. Ceci nous obligeant, heureux de nous, à rester en dehors de la ville bien plus qu'à « l'accoutumé » de ces précédant mois. On prend si vite de mauvaises habitudes !

 

 

 

                                                                                                                                                             

                                                                         

                                                                                                                                       

2 Fevrier 2013 :

Changer d'air. Oui. J'en avais besoin. Non pas que je n'aimais pas l'endroit où nous habitions. C'était parfait et tout à fait ce dont nous avions besoin, humains, tant qu'équidés. Ce n'était pas ça le problème. D'ailleurs il n'y avait même pas de problème. Juste un besoin de changement. La stagnation, la monotonie ce n 'est pas pour moi, c'est tout.

L'acceptation fut donc immédiate quand Dévi, une Allemande rencontrée dans les rues de Tbilissi, m'a proposé de l'accompagner pour une petite semaine dans la région de Pankési. Cette vallée accueille une population presqu'uniquement Tchétchène, et ce depuis environ 150 ans, date de leur première migration sur ces terres.

Dévi parle le « Kistouli » (la langue Tchétchène dite en Géorgien) assez bien, et ayant de nombreux amis dans cette région nous pouvions être logés chez l'un d'entre eux. L'idée de rencontrer une nouvelle population, et qui plus est, une population effrayant la plupart des Géorgiens, m'enchantait. Ce qui fait peur n'a souvent pas, ou que peu raison d'être. Ça, nous l'avons appris au fur et à mesure de notre route à force d'entendre ces ragots médiatiques et de constater leur manque de fondements, tout autant que d'écouter les jacasseries des frontaliers ignorants finalement tout de leurs voisins.

Nous sommes donc partis en Mashutka (mini-bus locaux), à 1h30 de la capitale, dans cette petite vallée sublime, laissant apparaître en fond les premiers monts du Caucase enneigé.

Et nos poilus ? Et bien toujours à Dighomi, gardés par David. C'est l'avantage d'être deux.

                                                                            

                                                                                     

   

                                                                         

 

Dès notre arrivée l'hospitalité fut de rigueur. Nous nous baladions de maison en maison, mangeant et buvant plus qu'il n'en faut. Et si les femmes se plaisaient à préciser que leur bonté venait du fait que les Tchétchènes étaient musulmans, je pouvais constater que leur comportement à ce sujet ne différait guère de celui des Géorgiens. Avoir un cœur ça ne s'invente pas, même en lisant des écrits, et l'être humain en a un ou n'en a n'en a pas. Moi, dans les différences de religion, je vois surtout qu'ici on boit du thé, et que chez les Chrétiens on boit de l'alcool... 

                                                                        la femme du Sheikh               au levé du jour           

 

Cette semaine fut très féminine. Ce fut la première fois, après avoir rencontré dans ma vie trois différentes populations musulmanes que je ne passais pas la majorité de mon temps avec la gente masculine. Les Hommes étaient rarement là. Une bonne partie d'entre eux (du moins des maisons où nous avons été invités) s'occupaient des troupeaux durant l'hiver et habitaient donc à quelques centaines de kilomètres de là dans le dit « désert de Shirak », d'autres travaillaient en Ukraine, en Russie, en Turquie... Laissant les femmes seules durant des mois, voire des années pour certaines.

Ici le poid de la tradition est lourd, tragiquement lourd. C'est pourquoi une belle jeune femme comme Magouli, 31 ans, se retrouve seule avec ses deux garçons et ce depuis maintenant trois ans. Son mari partit travailler en Ukraine s'est marié une deuxième fois là-bas (les hommes peuvent avoir jusqu'à quatre femmes). Il ne rentrera pas, il ne divorcera pas non plus. Magouli a maintenant deux choix : divorcer, refaire sa vie et perdre ses enfants, ou garder ses garçons et sacrifier son droit à l'amour jusqu'à leur majorité.

Perdre ses enfants ?Oui, car chez les Tchétchènes si la femme décide de divorcer, les enfants doivent être « rendus » à la famille du mari...

Par contraste avec cette obéissance, ou acceptation des règles (appelez ça comme ça vous chante) révoltante, ces femmes possèdent toutes un caractère très fort, et, malgré les difficultés de la vie, la pauvreté, un humour et une énergie forçant à lever son chapeau, bien haut, très haut.

C'est en compagnie de toutes ces dames de fer et de fleurs n'ayant pas peur des mots que cette semaine s'est écoulée, regonflant mon mental à bloc et m'invitant à une envie de parler.

                                                                        forteresse de la reine Tamara               

 

                                                                         l'écriture Georgienne     

 

                                                                                                                       fev-2013-pankesi-chevaux.jpg         

 

 Tout autant qu' Humaine cette pause en dehors de Tbilissi fut riche en recharge naturelle, tant grâce aux petites randonnées dans les alentours du village de Birkiani, que grâce à la rivière Alazani qui charriait ses eaux juste à coté de la maison de notre hôte Nona. Une rivière... Nous qui vivons habituellement au bord des eaux, tant pour abreuver les animaux que pour notre hygiène, en sommes coupés depuis notre arrêt à Dighomi. Là-bas un tuyau en plastique épanche nos soifs, les eaux de pluie récoltées celle des animaux.

 

                                                                                petit aperçu de la vie de cortex avec ses nouveaux amis                                                                                                

 

                                                                                     

 

                                                                         

 

15 Fevrier 2013 :

6h du matin, un avion décolle pour la France. David est l'un des passagers. Nous avions prévu depuis quelque temps avant notre pause hivernale que nous profiterions de cet arrêt pour souffler l'un de l'autre. C'était maintenant. La destination d'écart fut facilement trouvée et ce pour diverses raisons. Premièrement, puisque Pity n'était plus, Nada, le chien de David, pouvait retrouver sa place à nos cotés. Il fallait donc le ramener. Ensuite, ce trajet permettait de régler un problème se posant à nous :

Nous avions décidé de rejoindre le Kazakhstan en passant par la Russie. Soit. Cependant, nous ne pouvions obtenir plus d'un mois de visa... pour parcourir presque 700 kms ! Et le visa Kazakh...3  mois... pour parcourir presque 3000 kms ! Sans parler des difficultés pour trouver de l'eau régulièrement dans les steppes. Alors ? Alors il nous fallait accepter l'idée que nous avions besoin d'un véhicule motorisé pour rejoindre le Kirghizstan. Dure décision... Puisque ne collant pas du tout avec l'idée de départ. Résignation provisoire. Nous devrons accélérer durant quatre mois et revendrons la camionnette dès notre arrivée au Kirghizstan.

Le plus simple, et ce qui aurait pu paraître le moins cher aurait dû être d'acheter le véhicule en Géorgie. Oui, mais non. Ici les bagnoles sont importées, chères, et en mauvais état... Rapporter une camionnette d'occasion de France nous revenait à bien moins de frais. Ça paraît dingue ?!

Deux missions pour David : trouver un bon camion bon marché et revenir avec Nada. 1 mois et demi de temps libre.

Bon voyage !

 

 

 

17 Mars 2013 :

Si nos débuts en ville furent source d'amusement (possibilités d'apprendre, proximité à la culture, le mime, la musique...) et d'émerveillement ( en ce qui concerne les imprévus et rencontres), ce site sur-consommateur d'énergies naturelles et pompeur d'énergie subtile des corps nommé « ville », et qui plus est « capitale » n'a pas tardé à empoigner mon âme, lui attacher une chaîne au pied et lui ordonner : « vas-y, cours ! », voilà comment on fini par vouloir, nous aussi, aspirer toute l'énergie et les connaissances de la ville pendant qu'on en a encore la possibilité . Et voilà comment, finalement, c'est elle qui vous suce jusqu'à la moelle.

Aujourd'hui, alors que mon esprit ne semblait plus nulle part et partout à la fois, j'ai décidé (il y a de cela deux mois déjà mais la réalisation physique et psychologique ne fut possible que deux jours plus tôt) de recentrer mon énergie, de la raccrocher à mon être, de me re-connecter à l'Univers, recevant du sol et du ciel, parlant à l'espace et au temps et écoutant les réponses du Tout à mes questions.

Je suis donc partie de Dighomi suite au décès de la plus vieille des juments de l'écurie « Matshka », avec Cortex et Rassoudok, et de quoi survivre durant une semaine. Je suis partie seule contrairement à ce que j'avais premièrement souhaité. Pourtant partir seule était la seule vraie chance de se retrouver. Je ne vais pas bien loin, le but n'est pas de trop marcher, je veux du temps pour le rien, pour la passivité.

Ce fut une réelle réussite. Je passais les premiers jours a camper au bord d'une mare, aussi tranquille que je l'avais souhaité, écartant de moi dès les premières phrases les quelques hommes de passage s'intéressant à ma solitude par un :  « Marto arvar ! tchémi kmari ak, tsrénébi ertad ari, mova ! » ( évidemment que je ne suis pas seule ! Mon mari est dans les alentours avec les chevaux, il arrive !) dans un Géorgien un peu branlant.

Je passais mes journées à vivre pour moi, Cortex et Rassou se remplissant la panse d'herbes fraîches non vues depuis longtemps, et mes nuits à alimenter un grand feu pour protéger la vie de mes amis poilus. Les loups sont ici maîtres de la forêt. Et nous étions en plein centre de leur royaume...

Puis un groupe d'anges passa. Des randonneurs apportant avec eux la nouvelle d'une météo catastrophique annoncée pour les jours suivants... Apportant aussi avec eux l'information de l'existence de cette petite cabane de berger, située a cinq kilomètres à peine d'où nous nous trouvions.

On m'avait prévenu. Ce n'était pas vraiment un temps propice aux escapades. Oui, Certes. Mais mes entrailles criaient à la solitude, au chant des oiseaux, à la conversation avec mes équidés en privé, au silence, à l'affront avec les éléments et moi même... Qu'à cela ne tienne ! J'y suis. C'est bien ce que je voulais, non ?

C'est parti pour un tour ! Retour en hiver sur les sommets de cette vallée. Tempête, vent, pluie... La neige... Les gelées... Nous sommes coincés ici. Nous tous, dans cette petite cabane de 10m2 ou nous dormons tous les trois, Cortex, Rassou et moi. C'est dur. Oui... Mes doigts et mes pieds me brûlent... Et pourtant, bizarrement, j'éprouve comme une sensation de contentement.

 

Le soleil a dû voir que dans mes sacs il ne restait plus que deux jours d'autonomie alimentaire. Il s'est levé, offrant une vue sur le Caucase enneigé que le temps nous cachait jusque là.

Nous sommes redescendus, difficilement mais sûrement, par des sentiers non pratiqués depuis longtemps. Tout le monde en a bavé et Rassou en a même sacrément transpiré. Une odeur que j'avais presque oubliée.

Aller, une dernière nuit dans les campagnes avant notre retour vers le monde « civilisé ».

 

25 Mars 2013 :

Le soleil m'éblouissait. Il se trouvait juste derrière l'écurie, je ne voyais rien et pourtant je pressentais. C'est d'ailleurs pour cette raison même que j'étais rentré avant le couché du soleil ce jour là.

Bien vu. Un fourgon bleu était garé devant la cabane. Nada courra vers moi un bâton en bouche. David venait d'arriver. Et avec lui, outre le fromage, le chocolat et les coquillettes, « Finette » ! Sophie, une de mes plus chères amies. Les cons. Ils m'ont fait pleurer.

On a beaucoup rit, peu dormi, puis cinq jours plus tard elle décollait pour la France.

Ce que j'ignorais c'est que j'allais la suivre de peu.

Alors qu'appelée par David et ma mère à rentrer en France (pour des examens médicaux suite à quelques soucis durant l'hiver irrésolus par l'incompétence médicale Géorgienne) j'arrachais immédiatement la graine germant dans leurs tête, l'idée me semblant limite insupportable. Pourtant lorsqu'un problème familial se présenta, seulement quelque jours plus tard, le peu d'argent d'avance que je possédais s'envola dans un billet.

05 Avril 2013 : Retour à la case « départ » en quelques heures, retour également à la case « en marche » 7 jours plus tard, le dit problème familial évaporé, la famille rassemblée et une semaine finalement magique derrière moi. Pourquoi donc s'inquiéter !

 

15 Avril 2013 :

Le jour même où débutent nos visas Russes. Nous sommes à Tbilissi. Un légé soucis mécanique. Ça commence bien. Mais non, mais non... Aucune haine pour les machines...

Demain nous irons chez la vétérinaire, et passerons au Ministère de l'Agriculture afin d'obtenir le fameux « laisser-passer » nous ouvrant les portes de la Russie. Nous monterons Cortex et Rassoudok pour la première fois dans le camion, et nous dirigerons à une allure jusque là improbable vers la frontière de Kazbegi, en plein Caucase.

Vivement demain !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

          

                              

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Commentaires (8)

1. lena (site web) jeudi, 09 Mai 2013

ENOOORME !!!!!! bon daccord jaime pas trop les camions, mais bon!.... de mon cote je reprends la route de berlin vers la roumanie avec mes deux juments, deux chiennes, et un nouveau chariot....LATCHO DROM, et que votre force, votre motivation, et la magnificence de votre projet vous protege des galeres et genes, embrouilles dont on pourrait parfois se passer...Moi je vous comprends 1000 fois !!!! a tout bientot !!

2. Cindy jeudi, 02 Mai 2013

Salut à vous et à vos poilus !
Le voyage se poursuit, et vos anecdotes concernant vos équidés me donnent le sourire en me replongeant dans mes souvenirs ! je suis heureuse de vous savoir toujours plus loin et toujours heureux de cette vie si grisante de liberté... De notre côté, le retour se digère lentement, parfois plus facilement et parfois plus difficilement, mais nous sommes riches de notre expérience ! Après un hiver dans une petite cabane construite dans un pré, l'écurie de nos zouzous occupant la moitié de l'espace, nous voici de retour dans une maison un peu paumée offrant la possibilité d'avoir nos grandes oreilles dans le jardin, et pour Hugo, avec un "vrai" travail ! Et surtout, un joli nouveau projet avec un ventre qui pousse, abritant un bébé qui naitra à la fin de
l'été. Je pense bien souvent à vous et suis avec délectation la suite de votre vagabondage,
Bises à vous et gratouilles derrières les oreilles de vos poilus, que la route reste belle !
Cindy et Hugo

3. VERO mercredi, 07 Novembre 2012

je voyage à travers votre regard !! j'ai hate que nous soyons réunis pour Noël !! youhou !! le sac à dos est presque près !! pleins de bisous et des gratouilles aux loulous !!

4. lena (site web) samedi, 27 Octobre 2012

merci pour toutes ces photos absolument magnifique, jai bien failli en pleurer......!!!!! bONNE ROUTE, BON COURAGE, je suis a fond avec vous (je sais que cest dure des fois) BBiz

5. Bruno jeudi, 18 Octobre 2012

Bonjour j'ai decouvert votre aventure en lisant "Carnet d'Aventures" j'ai tout de suite fait part de cette decouverte à Caroline M. et son projet "Pieds Libres" qui realise un tout du monde à pied car elle aussi se trouvait au moment que vous en Georgie.Je viens d'entendre son passage sur "Allo la Planete".Je suis ravi que vous avez tous pu vous rencontrer.Je vous souhaite de passer un bon et doux hiver et de bonnes fetes de fin d'année en Georgie.

6. bruno Laurent mercredi, 17 Octobre 2012

Je viens de decouvrir votre site et votre voyage ..... vous etes des amis :+) vous faites ce que je n ai pas ose faire a cause des passages de frontieres !!!! bravo, c est une forme de courrage. Allez vous en Armenie ? Apres 35 pays, l Armenie est un de mes deux pays fetiche ..... pour les rencontres, pour les gens. Je suis autostopeur et c est un paradis ce pays pour voyager, sauf que la vodka coule a flot et que je ne bois pas :+) Je suis en asie du sud est, Penang Malaisia, retour en Thailande bientot (mon second pays fetiche) j espere que vous y viendrez, j aimerais tant vous rencontrer. Que le vent vous porte, caresses aux poilus, hugs a vous. Bruno

7. RADISA, ARMELLE, RUSS, LIMING & MANYU FROM SERBIA (site web) dimanche, 23 Septembre 2012

BEST REGARDS FROM SERBIA...
RADISA, ARMELLE, RUSS, LIMING & MANYU FROM SERBIA

8. nicole verchot samedi, 22 Septembre 2012

Bravo, mes petits loups .... paysages superbes , qui me font voyager avec vous ! Belles rencontres ....que du bonheur . Gros bisous

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