COME-BACK to Iran

  

autostop avec Akbar

 

1.09.2014:
Sarakhs. L'Iran. Enfin. Mon premier coup de coeur dont je peux à nouveau écouter les battements. La chaleur de l'air, l'esthétique des grandes étendues aux lignes simples purifiées de toute complication inutiles. La douceur des courbes et de leur prolongement, reflétée dans le dessin des lettres et des mots. Les notes de la langue, la gentillesse des sourires. Rien n'a bougé. Même pas le petit douanier à la moustache grise qui fouille sans conviction nos sacoches. Et qui, après s'être adressé à ses supérieurs pour la question des animaux nous annonce, d'un calme très Iranien, qu'il y a un problème. "Problème", un simple mot claquant toutes portes d'un coup dans une angoisse terrible.
Ils veulent nous renvoyer au Turkménistan. C'est évidement hors de question.
Nous voilà maintenant persuadés de vouloir rentrer en Europe, insistant sur l'unique route, brandissant la santé de nos équidés, rappelant notre passage l'année passée, cherchant tout argument les convainquant qu'ils n'ont pas d'autre choix que d'accepter notre entrée, parce que nous n'avons pas d'autre choix que d'entrer.
La décision sera prise entre les bureaux des services de quarantaine vétérinaire de Téhéran et ceux de Mashad. Deux jours de bataille et 400kms à parcourir (sans Cortex et Rassou, restés en pension à la frontière), puis, enfin, une réponse. Nous devrons rester sur place huit jours, le temps pour le vétérinaire en charge de la frontière de tester nos compagnons --aux frais de l'Etat-- pour quatre maladies: peste équine, anémie infectieuse, maladie des glandes, ....
Une semaine de stress.
Avec en point final un laissé-passé doté d'un document de transit, ainsi qu'une étonante carte de la part du chef de la quarantaine s'excusant pour les désagréments causés dûs aux lois de son pays...
Ah...L'Iran...

12.09.2014:
Suite à la merveilleuse rencontre d'un dénommé Akbar, chauffeur routier, nous traversons l'Est de l'Iran en seulement deux jours. Devant nos yeux la bande noire de la route nous délivre notre mémoire au fur et à mesure que l'étrange impression de rembobiner s'empare de nous. Le ruban ne nous rend pas le passé, mais il le réveille. Et nous mène droit à Téhéran. 20 millions d'habitants. La capitale est bondée, peu attractive, et, comme toutes les capitales, ne reflète que peu le pays. Mais elle est pourvue de quelques belles consciences qu'il eut été domage de ne pas rencontrer. Et retrouver.

26.10.2014:
Nous bondissons une fois encore sur quelques 600kms. Plus la distance nous sépare de la ville et plus s'extirpent de mes chaires les détritus tassés en moi de la force des mains de la ville. S'ouvre à présent devant nous l'espace du paysage et de l'air frais. La cité coince les esprits entre ses murs et ses trottoirs les emprisonnant de béton. La province, elle, offre ses étendues aux âmes qui aiment à épouser l'imensité où elles s'expansent le mieux. Espace, espace, espace. Ce cadeau autour de nous. Cet appel à la marche, au galop pour notre mulet qui explore les environs.
Cette fois, et pour quelques semaines, nous nierons les moteurs. Nous rejoindrons la Turquie à pied. Pour permettre l'ouverture d'une nouvelle lucarne sur cette région inconnue de l'Iran. Pour nous offrir le temps d'assimiler le retour de nos pas. Pour que nos prières soient entendues par Allah, que les portes des frontières s'ouvrent, qu'elle ne se referment pas, qu'on puisse rentrer chez soi.

 

 

 

 

 tre a Mashad, chez les amis d'Akbar        

 

the Muslim duty dream      sous embargo Americain?...l'Amerique ennemi n°1? pas pour tout apparemment!

 

paradoxe

 

 

 

 

       

 

 

 

metro

 

!!!

 

 

 

 

 

 

        

 

 

 

 

 

 

 

l'Opera d'Azarakhsh :-)

 

 

rendez-vous chez Akbar, cette fois à Téhéran

 

 

 

 

 

 

 

 

l'Imam le plus sympa du monde, rencontré dans

 

 

 

28 Octobre 2014:
Le sol tremble. Les peaux des tambours vibrent d'un rythme pesant. Leur suplique s'élève en un roulement sombre sur lequel s'imprime les voix des mâles qui grondent leur douleur factice. J'étais tout juste à la porte de mes rêves. Douillètement nichée sous les couvertures faisant épais rempart au froid extérieur. Extérieur à notre lit nomade, mais bel et bien intérieur à la tente. Ca y est, la quiétude du proche sommeil à cédée la place à l'inquiétude. La lourde plainte torturée envahit la plaine. Elle nous encercle et se glisse comme un venin dans nos corps. Je les voit à présent. Tous les drapeaux noirs qui flottent la soufrance à longueur de villages et de villes s'imposent à mon esprit. Ce noir profond qui soutient d'inombrables calligraphies, elles-mêmes accollées aux affiches d'un bébé en larme où d'un cheval blanc sanguinolant devant les lamentations de femmes drapées. Drapées du même noir. Enfermées sous leur tchador. Les mêmes ombres qui flottent dans les rues comme des drapeaux vivants. Elles portent la souffrance à longueur d'année. Les drapeaux ne sont là que pour un mois, celui-ci. Bienvenue dans le mois de Moharam, mémorial chiite du tragique martir de l'imam Hossen. 
Par chance le jour sèche les larmes et éclaire les âmes. Personne ne s'appitoie plus, au contraire, on se réjouit même à l'attente des déjeunés offerts par les mosquées et auxquels, évidemment, nous sommes conviés, puisque toute la population est de la partie. C'est donc en alternant ombre et lumière, jour et nuit, que pas à pas nous approchons du fameux jour d'Ashura. Coeur de l'appitoiement, jour de l'assassina. 
Pour l'occasion nous restons dans la petite bourgade de Firurak où Ali Reza nous y reçoit comme des princes. L'occasion d'approfondir mon Farci et de nous mêler à la population durant les festivités. Au jour d'Ashura un théâtre s'élève, une reproduction des événements tragique. Pour la mémoire. Pour se rappeler l'horreur. Pour se remémorer l'ennemi. Avec interdiction de rire. Entourée d'une dizaines de jeunes filles excitées par la fraîche arrivée d'une étrangère nous débordons quelque peu. Mais il y a toujours homme qui veille. Nous nous faisons très vite rappeler à l'ordre. Avec un petit plus personnel par la police locale qui m'emmène au poste. La population s'inquiète de mon introduction photographique. Contrôle, questions, soupçons...Espionne? Journaliste? A peine une heure plus tard je suis relâchée, simple touriste émerveillée par la culture du coin.
Entre deux, matin, midi et soir s'élance la marche masculine des immenses tambours appeurant nos nuits. Les femmes observent. Des hommes se frappent la poitrine au rythme des basses, d'autres armés d'un fouet aux maillons de métal se frappent le dos. Symboliquement. Le village est vierge de l'extrêmisme de certaines villes, où, de dires, et malgrés l'interdiction gouvernementale, certains s'ouvrent le crâne et se mutilent jusqu'à la perte de conscience. Ici c'est soft, les visages sont grâves, quelques rares femmes pleurent chaudement, mais personne ne se veut du mal.

 

 

 

 


Reprenant notre marche vers la Turquie nous découvrons une région non explorée l'année passée. Toujours aussi aride. Mais cette fois avec l'hivers en plus. Un hivers rapide et froid. Un hivers insoupçonné dans des lieux si chaud du printemps à l'automne. Un hivers qui nous saute dessus avec son gèle, son vent, sa neige, et nous sommes tout juste en novembre... 
Il est difficile de savoir si c'est ce changement de température qui soudainement modifie le comportement des habitants. Les conditions complexifient nos relations. La frontière est proche --ce qui donne toujours une bonne raison de se méfier-- et avec ce temps froid, sans soleil, les nuages semblent atteindre le coeur des gens. Nous devenons récurante source d'incompréhension. Voyager à pied avec des ânes, avançant sur les routes comme marchent les pauvres, de plus à cette saison, n'est pas crédible aux yeux des villageois. Particulièrement des villageois reculés. Nous ajoutons au questionnement un manque de réflexion internationale, de l'Italie jusqu'au Tadjikistan: pourquoi emprunter des sentiers de montagne quand il existe des nationales? Le terrorisme est la première explication. Ce terrorisme brandit par les médias du monde entier. Ce terrorisme justifiant dénonciation à la première occasion. L'Ouest tremble devant les terroristes qui viennent de l'Est. L'Est tremble devant les terroristes qui viennent de l'Ouest. Tout le monde tremble. Et pourtant le terrorisme, bien que surgissant parfois par surprise, se fait rare. Au décompte de tout ce qui tue chaque année les actions terroristes sont en bas de la liste, tout particulièrement dans les campagnes. Pourquoi alors les ânes sont-ils inlassablement associés à cette idée? Aller savoir... Poussières de la mémoire d'un terrorisme d'anciennes époques, où moteurs et armes mécaniques n'existaient pas encore...
Le terrorisme est donc une bien bonne raison pour la population locale de nous questionner et surquestionner, de s'enflammer dans une langue que nous ne comprenons que par bribes, et de s'énerver quand nous répondons un "némifahrmam" (je ne comprends pas) comme si on se moquait d'eux. C'est à cet instant précis que l'on aimerait voir arriver l'Imam nous ayant envoyé sur ce chemin pour lui demander de nous répéter son éloge sur la région. Région qui, selon ses termes, "est la plus belle région du monde, où l'on boit la meilleure eau du monde et où les gens sont les plus gentils du monde". Ceci déclaré naïvement avec fierté, dans un anglais parfait, sans ironie aucune. C'est beau l'ignorance. 
Ce qui est certain, et qu'il a omis de préciser, c'est que la police est sans doute l'une des plus suspicieuse et inquiétante du monde.(enfin... ce serait là aussi m'égarer sur le terrain de cet imam puisque ma connaissance des polices mondiales se résume à environ 25 pays... ce qui est peu pour donner un tel jugement) De fait nous sommes contrôlés chaque jour, voire plusieurs fois par jour. Parfois même encerclés mitraillette en main au moment de la pause... Et fouillés avec un sérieux manque de respect doublé d'un affligeant mépris. 
L'Iran, le miel et les cendres. On avait surtout eu droit aux douceurs à l'aller, avec une légère entrevue de charbon. Pour le retour nous avons droit aux cendres plein les yeux, un peu comme pour nous obliger à rejoindre la frontière Turque d'un pas pressé. Un peu comme pour me faire oublier mes questionnements quand au fait de m'installer. Parce que oui, avant l'Europe il y avait l'Iran. Emmitouflé dans un petit mouchoir blanc, caché dans une petite poche bien au creux de mes pensées, il y avait ce pays pour lequel mon coeur s'est un jour mis à battre. Ce pays pour lequel mon coeur bat toujours, car il voit derrière les flammes et le fouet une profondeur sans âge qui aspire le moindre vent de mon souffle. Mais l'Univers en a décidé autrement. Depuis que nous avons délaissé le levant, et que le soleil bronze nos rétines soir après soir, tout nous pousse vers ce lieux qui recueillis le sang de nos naissances. Le monde nous gronde qu'il est grand temps. Les autorités nous persécutent pays après pays. Nous fuyons, bientôt plus décidé que jamais à rentrer "à la maison" même sans en avoir. Nous imaginons à présent le ciel de notre jeunesse faire guise de toît, la terre de notre enfance sol et tapis, la famille modeler les murs, les amis s'inventer portes et fenêtres.

 

 

 

 

 

 

 

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