COME-BACK to Bulgaria

 

 

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7 Décembre 2014  :

La pluie ne cesse plus, elle répète inlassablement son spectacle sous nos applaudissements silencieux. C'est les chaussures chouinant le trop plein d'eau à chaque pas depuis la nuit, par la cause d'une lamentablement comique tentative de passage frauduleuse de frontière – au milieu de laquelle se tenait une rivière – , que nous arrivons penauds devant le petit poste douanier. Nous traversons si vite que nous rions de plus belle de notre acharnement de la veille en plein brouillard et sans orientation aucune. Seule alors nous menait la force d'éviter toutes interrogations vétérinaires, déjà empêtrés mentalement dans des explications à rallonge sur les lieux de résidence de Cortex et Rassoudok ces dernières années. Pourtant ici pas une question ne nous est posée.
Nous voilà donc en Bulgarie, de retour au pays de mes premières heureuses solitudes de pèlerine. Étonnement, comme s'il fallait que je foule ce sol d'enjambées solitaires car c'est uniquement seule que l'esprit du lieu souhaitait me rencontrer, une nouvelle fois David et moi prenons la décision d'une bifurcation de routes. Aérer notre amitié demande des éloignements nécessaires. Et puis pour cet hivers nous avons des projets différents, alors qu'il souhaiterait l'arrêt comme nous l'avons toujours fait je désire poursuivre le voyage. Il s'octroie donc la pause qui lui est nécessaire. Je m'offre l'expérience qui me l'est tout autant.
En attendant nous reproduisons une expérience menée au Kirghizstan dans les confins de l’hiver, nous demandons l'hospitalité aux locaux, amusés par nos timidités amoindries, et rapidement réchauffés par les réactions positives de nos hôtes. Si les Bulgares ont souvent une légère hésitation aux prémisses du contact, ils ouvrent grands bras et portes dès l'assurance que l'interlocuteur ne se trouve pas être un Tzigane. Définitivement, les relations des uns avec les autres sont amputées... On nous offre chaque fois le gîte et le couvert, sans nous laisser repartir sans quelques vivres artisanales, et les histoires régionales qui vont avec. Et quand l'eau ne cesse de s'acharner du matin jusqu'au soir par cruches entières nous établissons campement dans les troquets de village aux heures de la pause de midi. Là nous nous attablons près du poêle avec les anciens qui s'attardent au bord d'un café, venus récupérer leur courrier ou payer les factures un à un à la colporteuse de dettes. Nos vêtement de pluie gouttant sur le sol, les pieds nus devant le feu, les chaussettes suspendues sur les dossiers des chaises, nous bavardons dans un Russe orné de mots Bulgares avec nos plus proches voisins qui, l  'un après l'autre, au moment de leur départ, nous gratifient d'une boisson, ou de pains au fromage, ou encore de gâteaux. Le tout sur une musique folklorique au sonorités joyeuse de l'Est qui se clame depuis un téléviseur où chantent, sautent et dansent des couples vêtus de tenues traditionnelles. A l'intérieur l'ambiance est coloré, à l'extérieur la grisaille du ciel gaiement s’alourdit.

21 Décembre 2015  :

David est parti depuis dix jours. Il pleut, neige ou soleil par intermittence, mais surtout, il pleut. Mes journées se rythment jusqu'à l'épuisement. Par chance les heures de lumière sont les plus courtes de l'année et l'espace créé par la solitude me gonfle d'énergie. Je ne cherche pas le contact avec les autres et limite mes échanges au minimum et à l'indispensable. L'overdose humaine du continent Asiatique est fraîche et mes sens ne demandent qu'à s'épurer du trop plein qui les a engourdit. Je fais donc le choix d'une cure de mes congénères. Sans les éviter pour autant.
Je m'extasie devant la nature qui, avec mon petit âne et mon sage mulet, devient une fine complice à l'écoute de mes confidences et de mes histoires, attentive à mes besoins et porteuse de messages enfouis. Je me régale des silences. Je contemple et apaise mon corps qui parfois souffre du froid avec l'apaisement de mon esprit.
Chaque matin je me lève avant le jour, libère de sa corde l'un ou l'autre de mes compagnons aux longues oreilles et déplace l'autre sur un nouveau terrain d'herbes, chauffe un thé et avale une tasse de céréales, prépare le matériel puis dégèle au mieux la tente dont les tissus sont cartonnés de glace. Je brosse, cure et bâte Cortex et Rassou, puis m'élance sur les chemins aux premières lueurs. L'instant magique du jour. Les arrêts de mi-journée durent à peine deux heures, sauf en cas de bain et lessive, et la marche reprend jusqu'aux bâillements de la lumière, du moins jusqu'à un lieu propice au campement, avec en priorité un regard sur la qualité de l'herbage. Mes soirées, une fois les animaux débarrassés de leurs fardeaux, remerciés, cajolés, ayant bu et broutant, débutent par une fringale, avant de préparer la nourriture du lendemain midi, de pétrir et cuir mon pain, de chauffer l'eau qui servira à me laver les pieds dont l'entretient méticuleux permet seul la santé de tout le corps, de remplir la théière d'eau qui gèlera durant la nuit et sera fondu au matin au contact de la flamme du réchaud. Ensuite, une fois couvertures et duvets installés, je m’emmitoufle dans les couches qui seules me protègent des températures négatives pour dévorer des pages de livres à la lumière de ma lampe frontale, ou bien gratter une mine sur les lignes d'un cahier. Jusqu'à ce que le sommeil m'oblige à m'oublier.
Les journées passent et se ressemblent. Les rues des villes et villages figées par le froid sont grises, vides et éteintes, seules les cheminées qui fument et fendent les ciels de cristal de l’hiver assurent que des êtres vivent encore dans ces contrées, blottis derrière les murs. On ne les voit que rarement, à l'occasion, pour une attention furtive et touchante  : un peu de foin, un café, un bout de fromage ou une pomme. Plus à l'Est, plus loin que le Bosphore, les gens ne cachent pas leurs visages à l’hiver, ils le narguent fièrement mains nues, emplissant les quartiers de toute la chaleur qu'ils contiennent, comme pour oser le contrepoids, comme pour rehausser les mesures des thermomètres qu'ils ignorent. Ici ça n'est pas pareil. On traverse l’hiver en le fuyant et sans lui piper mot, de peur qu'il ne se vexe et brandisse son épée. Autant qu'on louche généralement sur l'inconnu et qu'on l'évite s'il ne force pas l'échange, de peur d'on ne sait quoi. Je crois qu'en Bulgarie on a beaucoup peur, et que si le passé en est la cause, il serait grand temps de revenir au présent.

03.01.2014
Ce qu'un retour sur ses pas offre de plus beau, c'est les retrouvailles. Les retrouvailles de lieux, mais aussi les retrouvailles humaines. C'est les yeux et le cœur neuf que je rejoint Tchorni Kamik, Trinoga, l'éco-village où j'ai vécu les mois les plus chauds de l'été, trois années plus tôt. Cette fois je suis hébergée dans une petite roulotte qui me permet le confort d'un poêle à bois pour la semaine, par chance cette semaine même des premières grosses neiges et des premiers grands froid (-13°) comme si les Cieux concourraient à m'épargner le plus dur.
Les âmes que je recroise ici ont été forgées par ces dernières années de diverses manières, et ce qu'il me plaît à découvrir chez les autres c'est l'acceptation de ce qui est, un calme humble que je n'avais pas connu, ainsi qu'une nouvelle sagesse de décisions. Ce que je découvre en moi même c'est l'évaporation de tout jugement, je ne vois plus que les efforts et la beauté des tentatives. L'air que nous respirons est gorgé d'apaisement commun.
Ce que Rassoudok découvre lui, c'est Maguy. Une jolie femelle qu'il avait rencontré trop tôt, et dont maintenant plus âgé il tombe éperdument amoureux. Le départ de galopades acharnées et de câlins sauvages. L'amour sait être vache, chez les ânes aussi.
Au lendemain de la pleine lune, au matin du départ, nous emportons avec nous un jeune voyageur qui emplira de sa voix nos journées. Un ange qui sème son amour et ses réflexions à tous ceux qui l'entourent. Par chance, durant quelques jours, nous en avons profité.

 

 

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aux aurores

 

quelques minutes plus tard...

 

 

 

 

 

     

 

Sylvia     Alex au levé

 

 

Anton

 

 

 

Crop roulotte

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

 Rassou...in love!

 

 

  Lastnightzhelenred

 

 

 

 

quelques jours partagés

 

 

 

 

 

 

quelques jours partagés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

goodbye!!!

 

 

 

 

last morning in Bulgaria

 

 

 

 

 

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