la Bulgarie

 

BULGARİE

bulgarie.

 

2 juillet 2011

 

Je suis ainsi entrée seule en Bulgarie. Enfin seule… Accompagnée, bien évidemment, de toute ma famille de poilus.

J’en ai voulu aux douaniers Bulgares, ceux de la frontière de Zajencar, de nous avoir obligé à redescendre jusqu’à Dimitrovgrad. Et pour cause: la première route que nous foulions de nos pieds, pattes et sabots respectifs dans ce nouveau pays se trouvait être une grosse nationale. Poids lourds et véhicules lancés à bonne allure nous rabattaient constemment contre le bas-coté, lui même frolant la montagne.

Pas de bifurcation possible avant une dizaine de kilomètres. Le stress.

J’aurais bien donné tout ce que j’avais pour accéder à un sentier. Comme je n’avais rien à donner, la vie a eu pitié, et m’a proposé, à peine 4kms plus tard, une alternative inespérée: longer la ligne de train, longeant elle même la route, par un chemin terreux bien plus calme et pittoresque.

Puis nous avons tourné à gauche et sommes entrés dans les montagnes. Nous prenions la direction de Zhelen, petit village des Balkans proche de Svogje, 60 km environ au nord de Sofia, la capitale.

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J’avais pris contact avec un “éco-village” (association Trinoga) qui acceptait de nous accueillir pendant quelques temps. Après ces quelques semaines Serbes de “course à la séparation”, vite, vite, toujours plus vite, les animaux étaient un peu fatigues. Surtout Pity je dois dire.  D’autant plus que les quelques trentes milliers de mètres parcourus chaques jours avaient eu raison de ses fragiles coussinés.

Il portait à présent des petits chaussons “faits maison” et attendait avec impatience la pause promise.

Au vu de la distance à parcourir je n’avais besoin que de quelques jours pour atteindre le village. Je m’étais donné une semaine tout au plus, histoire de prendre le temps et de réhabituer notre troupe à un rythme plus lent.

 

Ces premières journées Bulgares m’ont semblées d’un souffle neuf.

Je me sentais libre. Car,bien qu’à deux nous transpirions l’absence de nombres de contraintes régissant le monde actuel, il n’en était pas moins que nous trainions à nos pieds les boulets de notre mésentente.

J’étais redevenue bien plus calme, bien plus patiente et, évidemment, le comportement des animaux s’en ressentait. La toute première journée, avec moi comme seul guide, ils ont été parfait.

Je profitais de tout, dégustais chaque instant, tout en me marrant comme une gamine. Cortex et Rassoudok s’arrêtaient régulièrement pour grignotter. Je les laissais faire avec plaisir. Nous n’étions plus pressé.

   

L’énergie environnante était particulière, et cela ne venait pas de moi.  En passant cette frontière les paysages avaient immédiatement changés. Nous passions de vues lunaires aux montagnes boisées. Les coupures étaient chaque fois franches, nous projettant dans des univers totalement differents.

Pour ajouter à la splendeur des espaces traversés, semblant concorder avec mon état d’esprit du moment, nous pouvions observer de grands troupeaux de chevaux se déplacant librement à travers champs. Ce qui ne laissa évidemment pas indifférents mes deux amis aux longues oreilles. Je crois que, comme moi, ils se sont rapidement dit qu’ils allaient aimer le pays.

    

 

La nature m’entourant me plaisait, mais mes premières experiences avec les locaux ne m’ont pas toutes laissées bonne impression.

Les rares gens croisés étaient plus ou moins souriants, tout du moins lorsque je marchais, mais ne cherchaient pas la conversation (à part un ou deux cas isolés) Et quand je souhaitais m’arrêter, là c’était encore une autre histoire…

 

Nous nous sommes fait virer à de nombreuses reprises.

Peu importe que nous soyons en plein millieu de nulle part et que les terres ne soient pas utilisées, peu importe que nous nous arrêtions juste pour quelques heures et peu importe aussi que nous soyons étrangers…Ils ne voulaient rien savoir. En plus ils entammaient la conversation en gueulant. C’est fou comme l’homme a des difficultés a communiquer avec respect.

“Bon retour en Union Européenne!” Me suis-je dit. Ca sentait le souvenir fade et fané de vieilles experiences Francaises et Italiennes. Chose que nous n’avions plus vécu depuis notre entrée en Slovénie (je vous l’acorde, la Slovénie fait également partit de l’U.E… mais ce peuple qui a souffert semble avoir  gardé des notions d’humanité). Mais encore, ou est donc la Bosnie?

Evidemment, plus je craignais de rencontrer ce genres de personnages et plus je foncais dans leurs champs. Nous attirons ce que nous fuiyons.

Et ces jours-ci, pour être franche, j’attirais les cons. Ce n’est pas de leur faute. Je le sais bien. La vie est dure et forge le caractère des hommes au grés de leurs experiences propres. Je ne comptais pas leur renvoyer leur miroir. J’observais d’un oeil objectif et je leur souriais. Il y ont bien droit, eux aussi, de temps à autre.

Puis je partais.

C’est seulement plus tard que j’ai compris cet attachement si violent à leurs terres. Le communisme était passé par là. Et celui-là, à des lieues de celui de la Yougoslavie, à des lieues  aussi d’un partage équitable, n’était regretté de personne. Sauf peut être par les “gens de la liste”.  Ceux tirant les rênes de cette ancienne mais non loingtaine époque dictatoriale, et qui, eux, comme toujours, s’en sont bien sortis…

 

 

5 Juillet 2012

 

La veille, n’ayant trouvé aucun endroit possible pour m’arrêter., cause de propriétaires mécontents (me prenant d’ailleurs pour une Tsigane) et du relief de la montagne, nous avons dû, une fois encore, marcher une trentaine de kilomètres, avant de s’arrêter, à la tombée de la nuit, non loin d’une école. Qu’ils viennent nous virer pour voir!

Heureusement, personne n’est venu.

Ce matin là, comme de nombreux matins depuis que la chaleur avait commencée à se faire accablante, je me suis levée de bonne heure. 5h.

J’ai ouvert les paupières, tiré mes zigomatiques, fait trois pas de claquettes en sortant de la tente, et ai annoncée joyeuse à toutes mes bestioles, qui se disaient certainemnent, une fois de plus, que j’étais cinglée : “ Aujourd’hui on arrive à Zhelen. C’est début de vos vacances. On va s’arrêter de marcher!”

Zoukia s’en fichait, elle aimait marcher.

Pity, lui n’y croyait plus. Je parlais de cette fameuse pause depuis que nous étions entrés dans le pays..

Ne croyez pas que la solitude me faisait perdre la tête, j’ai toujours parlé à mes animaux et figurez-vous qu’ils me répondent. Si, si.

Nous avons ainsi entammé la journée, joyeux. Nous ne rencontrions que des gens souriants et communicatifs. Un chant d’énergie positif aimantant evidemment d’autres énergies positives.

Il ne nous restait qu’une dizaine de kilomètres à parcourir. Et ceux-ci se sont trouvé très interressants, m’enseignant la manière  gestuelle de dire “oui” et “non”, traduits par “da” et “né”.

Je l’ai appris alors que je me renseignais sur la route à suivre et demandais s’il nous était possible de passer par un certain pont.

La dame, effrayée par l’”énorme” tête de Pity me répondu “Da” tout en mouvant sa tête de gauche à droite.

Je lui redemandais : “Da?”

elle répondit de la même manière, les yeux toujours rivés sur mon chien , au cas ou ce cher Pity aurait eut faim... Incompréhension.

N’étant donc pas sûre de la réponse, je retentais: “Da? ili né?”(oui? ou non?) tout en accompagnant de ma tête le oui par un mouvement de haut en bas et le non de gauche à droite. Elle sembla réfléchir, puis dit un petit “Da”, incertain, tout en baissant et relevant la tête. Le mouvement n’avait vraiment pas l’air naturel.

Après l’avoir remercié, nous avons poursuivit notre route. Elle était étrange cette femme…

Ce n’est, une fois encore, qu’après quelques temps que j’ai compris. Moi, pauvre fille de l’ouest pensant que le monde entier disait oui et non de la même facon.

Et bien non. Avant la conquête de la Bulgarie par l’Empire Ottoman c’était encore certainement le cas (bien que je ne connaisse pas les us et coutumes à ce propos de tous les pays du monde) mais lorsque les Turques sont arrivés, ils ont posé leurs couteaux sous la gorge des Bulgares leur proposant deux choix: se convertir à la religion Musulmane ou mourir.

Cependant, le couteau bien appuyé sous le manton ceux-ci ne pouvaient remuer la tête de haut en bas. Ils acceptèrent donc d’un “Da” suivit d’un geste latéral du visage.

Légende ou réalité? Aucune idée, mais tous les Bulgares connaissent cette histoire.

bavo-maria   

 

Nous avons fini par arriver à Zhelen en fin de matinée. Il nous restait encore une heure de marche jusqu’au lieux dit “Tcherni Kamik”, situé tout en haut d’une montagne, n’y accédant que par des routes terreuses et bosselées ou seuls les 4x4 (Russes la plupart de temps. Poussières des ententes communistes del’époque)  et chevaux s’aventuraient librement.

Nous nous sommes perdus. Merci au sympatique papy armé de sa cane nous ayant montré la voie.

Arrivés à l’entrée du lieux, ne voyant personne malgrés mes appels, j’ai débaté, trouvé un coin ombragé et herbeux pour Cortex et Rassoudok, puis je suis partie faire un tour du propriétaire afin de trouver celui-ci.

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Il se nommait Filip, 28 ans, ayant suivi des etudes de Chimie et participé à l’association “les 3 Salazés” durant deux ans. Association se trouvant à la Réunion, dont le créateur se nomme “Papa Yann”, la source de la plupart des connaissances de Filip en matière environnementale et écologique..

Le jeune homme était le seul à habiter constemment l’endroit mais nombreuses étaient les âmes de passages qui s’installaient plus ou moins longtemps. Leur passage variait de quelques heures à quelques mois, voire années.

Toutes sortes de gens venaient ici, mais surtout des citadins cherchant à renouer avec leurs racines.

En effet, avant le vingtième siècle, 95% de la population était rurale, puis, du fait du temps et de la dictature, les paysans ont été amenés, de force, vers les villes. La bas, de jolies cages à lapins d’une dizaine d’étages de haut avaient été construites pour l’occasion. Bâtiments lugubres cotoyant les usines de travail.

Actuellement 70% de la population Bulgare est citadine et partagée entre les 5 plus grosses villes du pays. Sachant que Sofia compte 1,5 millions d’habitants sur une totalité territoriale de 7,5 millions.

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On m’a tout d’abord expliqué le fonctionnement du lieu, comme à chacun. Ici il fallait bosser si l’on souhaitait apprendre. En échange, des connaissances bien sur, mais aussi de la nourriture.

Ca tombait bien, apprendre, j’en avait l’envie et pour travailler ce n’était pas l’énergie qui me manquait.

L’association était passée diverses fois à la télé et, selon les dires de Filip, était considérée comme un “modèle en matière de développement durable” en Bulgarie.

Leur slogan, si je puis-dire: “Préserver ne suffit plus, il faut maintenant recréer.”

Ils travaillaient sur différents axes (quand je dis “ils” je parle de tous les volontaires associés)

-          réhabilitation d’une zone de source asséchée au moyen d’une pompe capillaire et d’un compost géant

-          combat contre l’érosion par la création de terrasses grâce à l’ajout de matières végétales

-          action contre les sapins (les pauvres!) implantés sous la période communiste à des fins commerciales. Ces arbres, très gourmands en eau, assèchent la montagne (qui déjà n’est pas très humide…c’est le moins qu’on puisse dire.) Il fallait donc les couper.

-          Préservation d’une race de chevaux: les Karakachangs. Ils étaient très nombreux jusqu’à ce que les Bulgares se mettent à préférer leur viande à leur utilité au travail.

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Le tout sur fond de jacassement de poules, aboiements de chiens, bêlements de chèvres, agrémenté de jardinnage, plantes médicinales, fabrications de crèmes naturelles et divers produits alimentaires.

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J’étais ravie, j’allais pouvoir m’interresser à de nombreuses choses qui me bottaient depuis longtemps sans avoir eu la possibilité d’approfondir.Et ce qui m’enchantais encore plus, c’était la présence d’amis pour Cortex et Rassou.

J’ai donc très rapidement demandé à pouvoir emmener mes deux équidés au coeur de leur nouvelle famille temporaire.

La plupart des chevaux se trouvaient à environ 500 mètres des maisons. Les deux seuls qui étaient attachés séparément du reste de la troupe étaient deux jeunes mâles se faisant continuellement chasser par le dominant du groupe.

En Bulgarie, la plupart des propriétaires de chevaux attachent leurs animaux au bout d’une corde les retenant par la cheville. On est loin des troupeaux sauvages du début. Et Filip, voulant habituer ses poilus à rester libre dans les environs, en attachaient deux ou trois, et laissait les autres gambader.

Je me suis immédiatement dit que cortex serait libre tout le long de notre séjour ici. Lui qui en avait si peu la chance. Bien que depuis mon entrée en Bulgarie je le laissais sans attache tous les soirs pendant quelques heures, il n’en était pas moins que Rassou jouissait toujours d’une liberté bien plus grande que la sienne.

C’était la première fois que j’allais les lacher au milieu d’une dizaine de chevaux et je me demandais bien comment ils allaient réagir. Enfin… Pour rassou je me doutais de sa peur. Mais j’attendais avec impatience de voir le comportement de Cortex. Lui qui était tant plus attiré par les chevaux que par les ânes.

La première rencontre s’est parfaitement déroulée. A mon grand étonnement Rassoudok fut bien moins timide que d’habitude et alla renifler de près le mâle de la troupe, toutes les juments et poulains qui traînaient autour. Certains des petits le suivirent même pendant un  moment, certainement intrigués par cette drôle de bestiole aux si longues oreilles. Il faisait le malin, pour une fois ca n’etait pas lui le plus petit.

Cortex, qui semble toujours être assez brute et dont rien ne l’effraie fut cette fois-ci drôlement intimidé devant toutes ces dames et se contenta de venir renifler chacune tres prudemment.

Tous deux ne mirent pas longtemps a se faire accepter et ils passerent donc pres de deux mois en toute liberte au milieu de tous leurs nouveaux amis. Enfin... Quand je dis en toute liberte, pour Rassou cela ne dura pas les deux mois car tres rapidement il compris ou je passais le plus clair de mon temps et voulu, bien evidemment, me rejoindre. Il decouvrit donc le potager... Il fallu donc malheureusement parfois l’attacher.

 filip-et-nevena

Durant ces deux mois de travail intense, et quand je dis intense je parle tout de meme d’une bonne dizaine d’heures par jour, j’ai appris enormement. Mais le travail n’etait pas tout, j’ai egalement rencontre beaucoup de monde, provenant majoritairement de Bulgarie, mais pas seulement. Nombreux sont les voyageurs etrangers faisant un detour par ce petit village sympatique. D’ailleurs, soit dit en passant, j’ai eu la chance de profiter de ma famille venue passer une dizaine de jours sur le lieu.

Oceane et sa nouvelle copine Bulgare Yohanna   moman et jara   

Manon au coeur de la campagne ;-)   

Toutes ces experiences, apprentissages, ces ballades a cheval au clair de lune, ces petits tour dans les festivals pour vendre des produits naturels, la liberte de mes animaux et la beaute des paysages allentours me donnerent envi de rester plus longtemps. Du moins au debut.

jb du groupe Corn Core   corn-core

Je me questionnais sur le fait de rester jusqu’a la fin de l’hivers. Si je voyageais c’etait pour apprendre, non? Alors pourquoi s’empecher de rester dans un endroit ou j’avais tout a decouvrir dans un domaine qui m’attirait. Et puis j’avoue que quelques moments de doutes m’influencerent dans cette direction: Je reflechissais au moyen de continuer ma route. Et etait un peu hesitante. Que faire, continuer jusqu’en Inde coute que coute avec toute ma caravane de poilus sachant que les difficultes pourraient etre nombreuses et evidement decuplees par ma sortie de l’Europe? Ou bien me resigner a devoir ecourter mon voyage, continuer mon tour d’Europe, puis rentrer en France? Non, decidement c’etait sur, je ne voulais pas rentrer en France, a peine l’idee effleuree je la rejetais.

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Mais la decision d’avancer par vent et maree devait etre pensee. J’engageais toute ma famille, je ne pouvais pas faire n’importe quoi non plus, il me fallait un tant soit peu me preparer.

Je pensais donc prendre le temps d’y travailler ici, a Zhelen.

teddy-et-nevena

Cependant, apres deux mois passe au coeur de l’action, la facade si lisse presentee par l’association a commencee a se deteriorer. Oh, je ne denigre pas les connaissances, ni la motivation. Tous m’ont beaucoup apporte mais rien que de repenser au “ modele en matiere de developpement durable”... vaste plaisanterie.

Tout d’abord le lieu, qui se veut egalement etre un modele de vie possible en autofinancement, ne vit reellement que de dons et financements de l’Union Europeenne. Certes quelques produits sont vendus (cremes naturelles, vinaigre, confitures...) mais si peu. Cote jardin les plantes medicinales et legumes bataillaient leur espace vital avec d’inombrables orties, pissenlits et autres especes consommables ou non.

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Et tous ces projets, que j’ ai presente auparavent, pourtant lances depuis plus ou moins 5 ans (date d’ouverture de l’endroit), sont finalement loin d’etre cultives. Par exemple, la rehabilitation de la zone de source, une des fierte presentee a mon arrivee, n’est en fait nullement rehabilitee... Les pompes capillaires et le compost geant sont laisses a l’abandon, et ceci n’est qu’un exemple parmis les nombreuses contradictions entre le disourt et la realite. Le probleme principal est lie au manque cruel d’organisation. Vient s’y joindre une inutilisation des connaissances acquises et une attitude de superiorite par rapport aux autres de la part du president de l’association qui empeche certaines bonnes idees de voir le jour.

Mais le plus important a mes yeux aura ete les conditions de vie des animaux. Si certains chevaux courraient libres toute la journee s’ils le souhaitaient, ceux attaches ne profitaient que de 3 ou 4 metres de longe.

Afin que ceux-ci puissent aussi jouir d’une certaine liberte j’ai reussi, après deux mois d’insistance, a faire construire un parc... Alors que, depuis 5 ans déjà, certains chevaux passaient chaque hivers, par moins quinze degres et sous un metre de neige, le pied enchaine. Aux dires de Filip il les retrouvaient souvent avec d’immenses stalactites le long des poils...

Les chiens egalement passent le plus clair de leur temps au bout d’une chaine. Si au debut j’ai voulu m’occuper d’eux, après quelques temps, et suite a de nombreuses discussions sans resultat pour ameliorer leur condition, leur seule vue me faisait trop souffrir et je les evitais.

Je me suis rendue a l’evidence, je n’avais pas envi de rester la plus longtemps, il me fallait trouver un autre endroit ou passer l’hivers. Et oui, nous n’etions que fin aout et je m’occupais déjà de trouver un lieu pour la saison froide... Surement du a cette semaine Croate en tente par -15...

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Mais ou aller, plusieurs choix s’offraient a moi, la Grece, la mer noire ou bien la frontiere Turque, ou, non loin de la, se trouvait un autre eco-village.

 

 

23 Aout 2011

Nous quittions Zhelen à 7h du matin, bien décidés à prendre direction Sud-Est, et ravis de retrouver notre vie nomade et indépendante.

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      Après quelques kilomètres pour redescendre de notre versant et un passage sur une nationale très peu fréquentée j’avais décidé que nous traverserions une partie de la chaine Balkanique pour rejoindre les plaines du centre du pays. Le relief m’attirait toujours beaucoup et l’idée de me retrouver un peu seule avec tous mes amis poilus ne me déplaisait guère après ces deux mois sans intimité.

           Nous n’emportions avec nous aucune carte précise des lieux. Mais, évidemment, sans plan des petites routes et chemins terreux, ce qui devait arriver arriva: Nous nous sommes perdus. Je suivi donc les indications du soleil et l’astre nous emmena ainsi gravir une montagne. C’est finalement là, au milieu de nulle part, que nous apprîmes que nous nous dirigions vers le mont Murgash. 

Les grands lacets poussiéreux qui pénétraient la forêt étaient de taille démesurée pour un lieux où aucune âme ne semblait vivre. Le phénomène trouva rapidement explication aux premiers tas de troncs ordonnés, déposés le long du chemin et marqués à la bombe orange.

Ici, loin des regards, un nombre impressionnant d’arbres étaient abattus. Je ne tardais pas à croiser plusieurs poids lourds chargés de bois. Moi qui pensais être seule... 

Rassoudok, bien sur, profita de ces uniques occasions de la journée pour faire le pitre et s’arrêter au beau milieu de la route! L’arrêt des bucherons me fut tout de même profitable puisqu’il me permit d’apprendre que nous nous dirigions vers le plus haut sommet des environs (Murgash, 1687m).

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Sous les regards interloqués des chauffeurs je me réjouissais d’atteindre un point culminant qui me permettrait de me repérer.

Alors que nous apercevions le sommet, et que les champs dorés y menant nous appelaient a sortir de cette interminable foret, le chemin prit fin. Net. Sans autre explication que l’arrêt ici même du territoire des bucherons.

Nous sommes restes coit deux minutes, tous les cinq, fixant le tas de terre fermant le chemin. Plus le temps de faire demi-tour pour trouver de l’herbe avant la nuit et la pente boisée menant aux graminés d’en haut semblait bien raide pour des animaux charges. L’herbe nous tendait les bras... Plus que 100 mètres... Rassou n’était pas un problème, seul Cortex était vraiment lourd. D’ailleurs il ne voulu pas monter à ma première demande. J’ai insisté, lui demandant de me faire confiance, l’assurant, et espérant, que tout se passerait bien... Il m’a fait confiance et a gravit la cote. Puis, à peine nous atteignions les champs que son bât se renversait. Je le soutenais comme je pouvais tout en détachant les sangles des bagages. 

 

Tout tomba à terre. Cortex pu aller brouter. Je débâtais également Rassoudok qui parti faire de même. Pendant ce temps je montais le campement tant bien que mal dans un endroit plus ou moins plat. Pas facile dans une pente.

Une fois le tout prêt, mon regard se posa sur le sommet, le vrai, celui qui m’offrirait la vue des alentours. J’ai fais le dernier effort de cette journée et suis montée en haut. Seule Zoukia m’y accompagna.

1-21-zoukia    

Plus nous grimpions, plus nous avions une vue imprenable sur les dizaines de kilomètres environnants. Montagnes, vallées, plaines...Magique!

Nous avons atteint le sommet. La, il y avait un chemin. Ouf! La voie était balisée, c’était le fameux “Kom-Emine”, GR traversant la Bulgarie d’Ouest en Est, passant presqu’uniquement par les sommets et finissant la ou les montagnes plongent dans la mer.

le premier panneau du sentier

Le calme et la beauté des lieux me firent changer d’avis: finalement nous descendrions vers la Turquie plus tard, pour l’instant nous irions rejoindre la Mer Noire.

nuit dfficile...

27 Aout 2011

Après un petit déjeuné offert par un couple de météorologues au hasard du matin, notre petite caravane fait ses premiers pas sur les sentiers de randonnée de “Kom-Emine”.

les meteorologues du mont Murgash

Nous passions par les cimes, le long de la crête Balkanique. D'où nous étions, le monde d'en bas semblait si calme... si petit... Le contraste avec l'immensité nous entourant était frappant. Comme j'aime ressentir la fragilité de l’Homme face à la nature..

Lors de notre avancée les rencontres se faisaient plutôt rares. Cependant les hauteurs n‘étaient pas impeuplées, de nombreux troupeaux de chevaux sauvages se présentaient à nous pour le prouver. Ils avaient certes des propriétaires, mais étaient laissés ici libres de vivre leur vie. Jusqu’au jour, bien sur, ou l’un de leurs possesseurs ressentirait le besoin de vendre l’un d’entre eux contre quelques Lévas (monnaie Bulgare).

troupeaux des Balkans   

Lorsque ces meutes d’équidés nous apercevaient au loin elles pressaient le pas jusqu’à s’élancer vers nous au galop, dévalant les monts à toute allure. Cortex restait très sage. Il s’arrêtait pour les observer sans nul geste d’excitation, pendant que Rassoudok, préférant attaquer avant d’être attaqué, se ruait vers eux tout en brayant. Cela avait effectivement pour effet de stopper net les chevaux dans leur lancée. Ils semblaient fort surpris du nombre de décibels sortant du coffre de cette étrange bestiole aux longues oreilles. Rassou, lui, profitait de cette trève pour venir se cacher derrière moi. Comme il est drôle ! Lui qui pèse plus de 200 kilos… Alors que je n’en pèse pas 50…

conversation Bulgare entre Rassou et un etrangers ;-)

Nous avons ainsi passé dix jours, et, de temps à autre, je lâchais à tour de rôle mes deux amis brouteurs afin qu’ils puissent, eux aussi, échanger avec des étrangers.

Durant cette ballade sur les sommets toute notre compagnie a pu profiter des richesses de la nature et le temps fut presque toujours assez clément pour me permettre de m’endormir avec le ciel comme compagnon.

   

Il nous a tout de même fallu sortir de notre rêve éveillé. Les sentiers devenaient dangereux, escarpés, pentus. A de nombreuses reprises je dû débâter  les animaux car mes amis aux longues oreilles, bien que zigzaguant, se freinaient difficilement dans les descentes et le matériel ne cessait de menacer de se renverser.

Désillusion. Nous ne rejoindrions finalement pas la Mer Noire par les cimes. Il nous fallait redescendre. Retour au premier projet : direction la Turquie.

premier panneau indiquant la Turquie

7 Septembre 2011

La découverte des plaines, que nous n’avions pas encore foulées de nos pieds, pattes et sabots respectifs depuis notre entrée en Bulgarie, nous emmena découvrir une réalité du pays que nous avions à peine entrevue et qui était fort charmante à mon goût. A celui des équidés également d’ailleurs. Seuls Pity et Zoukia, qui semblent toujours s’accommoder de tout sans jamais ne s’étonner de rien, ne montrèrent aucune réaction particulière à la vue des nombreuses carrioles tractées par ânes ou chevaux que nous croisions. Les premières qui nous doublèrent eurent pour effet d’effrayer Rassoudok et de donner envi à Cortex de les suivre au trot. Ce n’était pas une découverte pour eux, nous en avions déjà vus quelques unes en Bosnie et en Serbie. Mais ici cela dépassait de loin tout ce que j’avais pu imaginer. Chaque village comptait de nombreux équidés. Mon petit âne se plaisait d’ailleurs à communiquer avec eux chaque matin. Et puis nous rencontrions chaque jour des dizaines de charrettes menées le plus souvent par ces hommes à la peau brune et l’œil malin. Les Tziganes.

c'est pas un Tzigane celui-la, c'est Kossio!

Ceux-ci venaient à notre rencontre, commençant souvent la conversation en me demandant si, par hasard, je ne vendais pas l’un de mes deux compagnons mangeurs d’herbes. Quelle drôle d’idée ! Puis nous discutions et, à l’écoute de notre voyage, ils nous félicitaient, puis pointaient du doigt leurs visages bronzés en rajoutant : « Pourquoi veux-tu donc aller jusqu’en Inde ? C’est loin ! Et tes Indiens ils sont déjà ici ! ». Pleins d’humour ces Tziganes.

Parfois, quand nous allions dans la même direction, eux sur leur carriole et moi à pied, ils m’accompagnaient pendant quelques kilomètres. Ils ralentissaient leur « véhicule » et nous papotions tranquillement les uns derrière les autres. 

Au détour d’un croisement chacun reprenait sa route respective se lançant un salut amical. Je les aimais bien.

Pourtant, à de nombreuses reprises, les Bulgares, qui nous accueillaient toujours très gentiemment, m’avaient mis en garde contre ces « voleurs d’ânes » tout en leur donnant différents noms d’oiseaux. La grande majorité des Bulgares ne les apprécient guère. Ils vivent dans le même pays, ont la même nationalité, leurs enfants vont dans les mêmes écoles (pour ceux qui sont scolarisés) mais pourtant jamais (ou presque, je ne voudrais pas faire de généralité) ils ne se mélangent.

Leur sont reproché leur vie marginale, leur absence de travail dit «normal» (bien que sans eux le pays ne connaîtrait pas le sens du mot recyclage), et les vols… évidemment. Aucune possibilité de se défendre ou de discuter pour eux. Les uns ne communiquent pas avec les autres ou alors presqu’uniquement dans un but lucratif puisque les Tziganes peuvent toujours tout trouver et bon marché. Ou bien, par exemple, pour les travaux difficiles et mal payés des champs qui leur sont bien souvent réservés.

Pas d’efforts de compréhension et une haine dans les propos des Bulgares qui m’indigne toujours autant, car, dans chaque pays que nous traversons, bien que chacun ait ses tords, les populations s’entredéchirent et se méprisent au lieu de trouver, ensemble, des solutions.

              Pour moi, bien que je garde de très beaux souvenirs de mes échanges avec les Roms, le rêve de bohème qu’ils représentaient à mes yeux s’est tout de même envolé, les temps changent et cette vision romanesque que nous gardons à l’Ouest appartient bel et bien à une époque révolue.

la-famille-de-kolio-et-maria.Roms          Rassou, Cortex, Kolio et ses enfants

10 Septembre 2011

Depuis que David et moi avions pris chacun notre route, nous nous donnions toujours régulièrement des nouvelles.

Peu de temps après son retour en France il m’avait fait part de ses ressentis. Il pensait tout d’abord repartir vers l’Asie à l’aide, probablement, d’un vélo. Cependant, l’essence même de notre aventure, qui s’était finalement transformée en mode de vie, lui manquait terriblement. L’absence des animaux lui était également très difficile. 

Après quelques discussions, nous avons donc décidé de nous rejoindre de nouveau. Nous verrions bien…

Il nous a ainsi retrouvé près d’un petit village alors j’étais en grande conversation avec une vingtaine de Tziganes. Bienvenue en Bulgarie !

andre, un hote formidable!

Nous devions passer un mois ensemble, après quoi il partait pour la Thaïlande accompagné de sa mère et d’un ami à qui il avait promis le voyage. Il nous accompagna donc jusqu’à la frontière Turque.

Le temps, la distance, et les expériences que nous avions vécues séparément, avaient totalement changé nos relations. Dans un sens positif, bien sûr. Nous prîmes donc la décision de continuer le voyage ensemble à son retour d’Asie. 

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Pour agrémenter d’une nouvelle manière notre route, David avait eut l’idée de ramener avec lui un instrument de musique. Un accordéon. Quelle bonne idée ! Moi qui rêvais d’en jouer depuis quelques temps déjà. 

Cette bonne nouvelle ne fut évidemment pas du goût de tout le monde, en particulier de Cortex qui me fuyait à chaque tentative de jouer… C’est vexant.

C’est ainsi accompagnés de quelques fausses notes que nous avons rejoint un nouvel éco-village. Celui-ci se trouvait non loin d’Elhovo, à trente kilomètres de la frontière Turque.    

Depuis le milieu de l’été je me préoccupais de nous trouver un lieu ou passer l’hiver. La semaine Croate en tente  par -15° m’avais laissé un frais souvenir que je ne souhaitais pas réellement revivre. Par chance, lors d’un festival, j’avais rencontré Sofia, une jeune anglaise, habitant un éco-village où l’une des maisons en paille était libre. Nous étions les bienvenus, nous humains, comme nos amis poilus.

25 Septembre 2011

Arrivés en haut de cette colline nue et ventée sous une chaleur presqu’accablante, nous avons fait la connaissance de la quinzaine de résidents des lieux. Sofia était la seule étrangère, arrivée ici lors d’un tour d’Europe à vélo elle n’était jamais repartie.

L’endroit était beau et paisible. Des centaines de petits arbres, dont les plus vieux avoisinaient les cinq ans, grandissaient tant bien que mal sur ce sol sec. Ils étaient les prémices d’une forêt vivement souhaitée par les habitants. Ici l’ombre manquait cruellement.

Chaque maison était entourée d’un ou deux hectares de terrain, permettant une vie en communauté sans trop de proximité. Amour de la nature et entraide était ici prôné.

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Nous avons tout d’abord campé dans un coin du site, en contrebas, souhaitant profiter au maximum de la possibilité de vivre à l’extérieur. Il nous fallait préparer l’hiver et nous nous mîmes donc à rapporter du bois de la rivière, avec l’aide de Cortex, jusqu’à notre future maison. Puis David sciait les branches pour en faire des bûches pendant que je préparais des conserves de légumes.

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16 Octobre 2011

David pris le bus à 5h du matin afin de rejoindre Plovdiv, la où l’attendait son avion. Nous l’avions accompagné jusqu’à Elhovo avec toute notre équipe de poilus. Le départ avait donc été prévu depuis la veille, le temps d’atteindre la ville au pas des animaux, puis avions campés non loin de la gare. 

J’avais décidé de profiter de ce petit tour pour aller voir une carriole à Voden, à cinquante kilomètres de là. Pity parcourait plus difficilement qu’auparavant la vingtaine de kilomètres journaliers, et il me fallait trouver une solution pour que nous continuions le voyage sans qu’il en souffre. Je n’allais tout de même pas l’abandonner en cours de route !

Tout en avançant je pris une nouvelle décision concernant les quelques mois d’hiver. Peu à peu j’avais appris qu’ils seraient très froids, que les -30° n’étaient pas rares et que la neige atteignait facilement un mètre, pouvant subsister un mois durant. Les équidés n’avaient pas d’abris et, de plus, la source d’eau potable se trouvant à 1km de l’éco-village gelait facilement. Mes amis aux longues oreilles me suivaient, ils ne décidaient donc pas des lieux où nous nous arrêtions, c’était évidemment mon devoir de leur offrir le meilleur.

 Nous allions descendre en Grèce.

Une fois à Voden j’achetais la charrette. Un peu vieille, un peu bidouillée certes, mais très bon marché et il nous la fallait pour rejoindre le sud. Après que cette amusante bande de Tziganes m’aient aidé à expliquer les rudiments de la conduite  à Rassoudok, nous reprîmes la route vers le village. En chemin j’attela Cortex qui fut immédiatement un conducteur professionnel et plus rapide que le petit âne…

Trois jours plus tard, alors que la neige était déjà tombée (mi-octobre ! On croit rêver !), nous nous sommes précipités vers cette nouvelle frontière.

Tous les Roms croisés m’affirmaient que je ne passerais jamais en Grèce à cause de la carriole, expérience à l’appui. Par contre, il existait une possibilité de passage sans contrôle par les montagnes. On me donnait des pistes en me proposant également des coups de main en cas de refus d’entrée par les douaniers Grecques. 

C’est donc sans inquiétude que nous avancions vers le poste-frontière de ce nouveau pays, sachant qu’une autre solution était possible. 

Plus que deux kilomètres… Avec obligation de les parcourir sur une quatre voies ! Pas une route alternative y menant. On ne pense pas assez aux piétons. 

Heureusement la circulation était presque inexistante.

Nous passions une dernière fois devant un quartier Tzigane. Les détritus volaient au vent. Des jeunes nous accompagnaient de leurs regards clairs pendant que violons, guitares et accordéon résonnaient dans les rues. Ca m’a fait sourire. Aller, salut les gars, en avant la compagnie ! 

 

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