Arménie

 

 Arménie

 

 

9 Juin 2013 :
« Barèv ! » (« bonjour ! ») « Bienvenu en Arménie !
Ah... Vous avez des animaux... Des ânes?! Oh... Vous ne comptez pas rester bien longtemps dans le pays, hein ? Très bien. Signez là. Vous pouvez passer. Bon séjour chez nous ! »
Pas de contrôle. Aucune demande de papier pour aucun de nos trois amis poilus. Finalement, durant ces 45 minutes, le plus long aura été de déclarer notre véhicule. Déclarer et payer...

 

yoga


Aller, en marche ! ... heu... en route ! Direction les hauteurs de Khatsharzan, petit village du nord du pays où à débuté, la veille déjà, un « Rainbow ».

Ava et Anoushé      au rassemblement rainbow  

 

   

« Rainbow », arc-en-ciel de nations se rassemblant durant un mois dans un but de paix, d'amour, de respect de l'environnement, de soi-même, et des autres. L'idée, bien que parfois utopique au vu des comportement de chacun, est belle et donne lieu, entre-autre, à des rencontres entre Turques et Arméniens dans la joie. L'image est tellement forte !

          

Oli 9189soiree  

 

Et pendant que les Hommes se réconcilient, Cortex et Rassoudok, eux, broutent à longueur de journées dans une prairie fleurie. Notre petit âne, le pauvre, est souvent attaché du fait de ses accès d'hystérie lorsqu'il croise ses congénères (deux fois plus petits que lui) partant travailler avec des enfants sur le dos. Cortex est libre. Il alterne, comme nous, entre les hauteurs et le village, entre les voyageurs et les locaux. Parfois même, d'un élan de liberté, nous le retrouvons suivant un cheval, en pleine nuit, à 5 kilomètres d'où nous nous trouvons...

        

Heureusement, les habitants du village, devenus nos amis, sont toujours là pour nous prévenir, ainsi que pour nous emmener récupérer notre « Djori » (« mulet ») au regard tranquille « bah quoi, qu'est-ce que j'ai fait ? ».
Le Rainbow permis de magnifiques rencontres, mais après Tbilissi, où finalement nos vrais proches venaient déjà d'Iran, de Cuba, de France, de Tchéquie ou d'Inde plutôt que de Géorgie, la dureté et la véracité des campagnes locales commence clairement à nous manquer.


Nous ne pensons pas rester longtemps en Arménie. Le temps seulement que l'Iran, actuellement en pleine période électorale, délivre de nouveau des visas, une fois le nouveau gouvernement installé. Et, malgré le peu de temps, il n'est pas question pour nous de quitter le territoire sans avoir approché, ne serait-ce qu'un peu, l'âme du pays.


L'âme du pays, ici, se goûte autour d'une table. C'est vous dire les heures que nous avons passé autour de celles-ci ! Pain, fromage, crème, salade, quelques plats cuisinés, abricots à profusion, sans oublier la vodka, l'eau de vie (de Douttes), parfois le Cognac...
Si l’œil est légé, l'image semble Géorgienne, Caucase oblige, mais savouré de l'intérieur quelques différences donnent à ces rencontres Arméniennes une saveur toute autre.    

      
Même sans langue commune la population fait preuve d'une grande facilité de compréhension, et, alors que leur mode de vie et vision du monde est assez éloigné des notres, ils acceptent nos différences sans exorbiter leurs orbites d'incompréhension.
Les conversations mènent régulièrement au sujet des guerres. Au sujet des Turques bien sûr, mais plus douloureusement car plus frais, au sujet de l’Azerbaïdjan. Blessure non cicatrisé suppurant encore.
Cette région nord où nous nous trouvons était alors, il y a seulement 26 ans de cela, habitée principalement par des Azéris, ainsi que certaines régions Azerbaïdjanaises étaient principalement peuplées d' Arméniens. L'entente était bonne, jusqu'à ce que l’Azerbaïdjan, poussé et soutenu par les Anglais décide de récupérer quelques territoires Arméniens afin de relier la Turquie pour d'uniques raisons financières. Les populations, d'un coté comme de l'autre, devenues ennemies par le seul choix de certains gouvernements, migrèrent, et échangèrent ainsi leurs lieux de vie.
Le plus surprenant, preuve que le respect leur est plus important que leur haine envers leur voisin, est qu'il existe toujours dans le petit village de Khatsharzan le cimetière Azéri, pas une tombe n'a été touchée.      

          
Ce sont Razmik, Vartoch et leurs enfants les premiers à nous avoir ouvert la porte de leur monde, leur culture, leur cuisine , ce sont les premiers à nous avoir conté des histoires sur leur vie, sur leur pays. Ce sont également eux les premiers qui nous ont montré à quel point il était possible de faire passer autrui avant soi-même, et ce sont eux encore qui nous ont dit : « pourquoi aurions-nous détruit leurs tombes, ces gens sont morts, ils ont droit au repos et au respect ».

20 Juin 2013 :
Cortex et Rasssoudok ont le ventre bien gras. Le moment est donc parfait pour un peu d'exercice ! Nous décidons donc de partir marcher dans les montagnes environnantes durant quelques jours.

                                  sur les collines d'Armenie                    

                                                                                          

nada

La marche nous appelle et le contact simple avec les riverains à la sortie lente d'un virage également. Le jour du départ est bien choisi. Il pleut des cordes. Oui, et alors?partir, c'est tout ce que je désire. David aurait préféré de meilleures conditions extérieures, mais il est bon joueur et, de toute façon, les animaux ont déjà tous les bagages sur le dos.

 

       nouvelle maison

À nous la boue et les dénivelés ! À nous les hautes herbes, les sentiers, les espaces vierges  ! À nous le retour à la liberté !

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Nos corps ne demandaient qu'un peu de silence extérieur pour retrouver le silence du cœur. Trois jours suffirent. La marche, les conditions difficiles d'avancée, la chaleur, la pluie, le froid, parfois même la grêle nous replongèrent dans l'instant présent.
Et quand le cœur est ouvert, la rencontre n'est pas loin. Un petit village de quelques bergeries seulement, 7 personnes ici pour trois mois. Vaches, poules, cochons, chiens... Tous en liberté. Du lait, de la crème et du fromage.

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Du glanage, des herbes et des baies. Leurs seuls moyens de revenu seront vendu sur les marchés au retour dans leur petite ville. Chacun nous a accueilli dans sa propre tanière, et chacun nous a, avec joie, permis de tester le fruit de son labeur.

       


Puis il fallut tranquillement retourner « à la réalité » comme diraient les raisonnables de ce monde. Descendons donc de nos hauteurs afin de nous acquitter de leur bassesses administratives. Partons légaliser la future présence de nos corps sur le sol Iranien.

arthur           

 

         cheveux d'anges

 

8 Juillet 2013 : 

Notre demande de visa c'est en Géorgie qu'elle sera faite, à Batumi exactement. Plus simple, moins cher et plus rapide qu'en Arménie. Nous nous sommes déplacés, en camion, jusqu'au lac de Sevan. Chacun notre tour, David et moi allions partir en auto-stop jusqu'au Consulat. Le lieu est propice à ce que l'un attende l'autre dans des conditions agréables. Je partis la première.
Ce ne devait être qu'une « formalité ». Nous avions déjà en poche la lettre d'invitation nous permettant, de leur dires, de recevoir le visa en seulement 3 heures. C'était bien sûr sans compter que je me présenterais un vendredi « jour de repos en Iran » suivit de samedi et dimanche « jours de repos en Géorgie », que le lundi, suite à une obligation de présenter 50 Euros et non 50 Dollars je revenais finalement à l'ambassade quelques minutes trop tard pour me voir recevoir le visa le jour même...Des heures de stop à n'en plus finir, une attente des jours durant, quelques nuits presque blanches sur les cailloux entre deux averses... Aller en Iran, ça se mérite ! 


Mardi matin, 9h, passeport en poche, le fameux autocollant rédigé en Farci sur une des pages, je peux, enfin, retourner au bercail.
Rentrer au bercail... Cela veut dire se retrouver confrontée de nouveau aux chauffeurs s'arrêtant à la vue de mon pouce tendu. Les Géorgiens n'étaient pas un problème, mais le retour en Arménie m'inquiétait, d'autant plus que je quittais Tbilissi à une heure assurant que je me trouverais sur le bord des routes en pleine nuit.
À l'aller déjà, une voiture sur deux m'avait fait des avances plus ou moins insistantes... Mais cette fois-ci, alors que je me trouve à « Varnadzor » vers 23h, des yeux de chaque chauffeur s'arrêtant pour me demander ma direction je ne perçois plus que le vice et la joie malsaine de ma future entrée dans leur véhicule. Que faire ? J'insiste un peu. Puis, après la presque assurance que le risque de viol est bien trop élevé pour que je continue, je décide d'arrêter.
Il est minuit, je suis lâchée sur une petite route Arménienne dans un noir presque total avec sûrement 70 % de la population masculine en dérive mentale...

J'avance grâce à la lune et me cache dans les herbes ou derrière les arbres à chaque véhicule qui passe. Je me sens comme un animal traqué, une gazelle chassée par les lions qui sont, eux, sur leur territoire. La recherche d'un lieu sûr ou dormir et l'énergie dépensée pour me déplacer sans être vue empêche ne serait-ce qu'une onde de colère de monter en moi. Même la peur n'a pas la place de s'infiltrer. Une seule idée fixe : trouver une forêt et m'y installer. Finalement, après peu, je grimpe sur ma gauche et stoppe à un endroit choisi, légèrement en pente entre quelques arbres. La place est parfaite. Mais il pleut légèrement et tout est humide. Je bénis à cet instant un ami, qui, le jour même, m'obligea à emporter un petit tapis. J'étends donc le tapis miraculeux et m'y allonge, pensive. Je passe un moment là à m'interroger de nouveau sur la race Humaine, la décision de mon âme à s'être incarnée dans un corps de femme, je m'interroge sur la bêtise et le manque de respect des hommes, je m'attriste sur le sort des femmes dans le monde et sur le sort du monde en général. Je pense à cet ami qui me disait la veille alors que je refusais de l'entendre « le monde ne changera pas, tu mourras et les Humains resteront les mêmes ».

Aux aurores je repars, plus sereine. Le jour éclaire les âmes et oblige les Hommes à laisser leur coté sombre avec la nuit semble-t-il.
Mais tout de même, si le soleil apaise les esprits tourmentés, ou du moins les met à jour les empêchant ainsi d'agir, je rencontrais un dernier niais m'obligeant à lui crier de colère dans un Russe bancal « Vous, les Arméniens, vous avez un sérieux problème » tout en claquant la portière.
J'arrivais finalement au lac, entière.
Alors qu'il m'eut fallu une semaine pour acquérir mon visa et revenir, il ne fallut à David que 3 jours pour accomplir la même mission. Et sans que personne ne lui fasse d'avances...

        

3 Août 2013 :
Cette fois, ça y est, tranquillement mais sûrement nous allons enfin prendre la direction de l'Iran.


C'est fou mais depuis que nous avons un moteur dans les pattes j'ai comme l'impression que nous sommes constamment à l'arrêt. Rien n'avance, tout est encore plus lent qu'avant... Les paysages ne défilent même plus... Point A, frein à main. Point B, frein à main. Je n'avais pas vu les choses comme ça.
Cortex et Rassoudok eux aussi semblent en avoir marre. Cela même, bien qu'ils se soient habitués avec une facilité déconcertante à monter et descendre, au point même que Rassoudok, lorsque le lieu d'arrêt ne lui convient pas, vient se coller à l'arrière du camion d'un air de dire « bon, on y va ? C'est nul ici. ».

C'est peut-être toute cette négativité que nous dégagions vis-à-vis de cette boîte de métal qui la fit grogner à en mourir.
Nous avons traversé Yerevan, capitale comportant, pour nous, peu d'intérêt, et où les habitants, s'ils semblent vouloir absolument courir vers nos modèles Occidentaux, ne semblent s'intéresser qu'au coté superficiel du matérialisme, omettant toute la diversité culturelle et artistique s'y trouvant également.
Nous avons ensuite roulé vers Sisian, lieu comportant un site de Stone-Age vieux de plus de 7000 ans nommé « Karhonga », « Les Pierres qui parlent », où nous avons passé la nuit.

 

         


Peu après, le moteur s'est mis à claquer. Nous descendions vers le Sud. Les montagnes devenaient de plus en plus arides. Le bruit s'amplifiait. Nous nous encastrions dans une vallée serrée, nous descendions des hauteurs. Là, seuls cailloux et poussière semblent se côtoyer. « Hostile » résume l'environnement. Le moteur claque à faire peur et plus nous descendons, plus nos chances de faire demi-tour en cas de besoin s'amoindrissent. Nos langues s'assèchent à la seule vue des alentours. Ici il n'y a pas d'eau. Que faire ?
Et puis, alors que la frontière se présente à seulement 10kms de là, apparaît Meghri, village dont nous avaient parlés déjà de nombreux Arméniens.

Selon eux les meilleurs figues du pays se trouvaient là. Et c'était la saison. En arrivant dans ces lieux asséchés comment aurions nous pu croire un seul instant cela possible ? Incroyable, pourtant ça l'était. Une rivière coulait et ses bordures n'étaient que verdures emplies de hautes herbes grasses et de fruitiers. Nous devions absolument trouver ici le moyen de réparer le camion avant de nous engager en Iran.

adieu!        panne

Garage. Démontage, pince, compresse, scalpel... verdict : l'embrayage. Le volant moteur s'est encore arraché. C'est la troisième fois depuis l'achat du véhicule. La raison ? Le vilebrequin. Nous décidons de vendre le problème. On repart à pied.
Les habitants sont sceptiques "qui ici, vous achètera ce véhicule?" . Mais parce qu'ici il y a le Christ, qu'Allah n'est pas loin, et que l'Univers concourt a notre bien, aujourd'hui, le 14 Août 2013, nous avons vendu le camion! ouf!


Durant ces quelques jours de vente nous sommes accueillis à Agarak, à 1km de la frontière, chez Mr Minisiane et Artium, au cœur d'un verger empli de figues, pêches, grenades, raisins et autre dont nous nous faisons un festin à la joie de nos hôtes pendant que Cortex et Rassoudok s'amusent libres dans un immense ancien stade de foot rempli d'herbe.

 

     

                  


Si certains villageois nous ont apporté une aide formidable, malheureusement, la plupart ont tenté de profiter de notre faiblesse du moment et, alors que nous perdions déjà beaucoup et donnions toutes nos affaires accumulés n'ayant leur place dans les sacoches de nos équidés, certains ne se sont pas gêné pour se servir allègrement. L’Humain est égoïste. L’Humain mourra sans doute de cette tumeur.

frontière

15 Août 2013 :
Vu de l'extérieur on pourrait croire que nous avons perdu un paquet de chose en quelques jours seulement. Mais non, nous avons tout, Cortex, Rassoudok, Nada, David et moi sommes ensembles et en bonne santé, nous emportons avec nous de quoi manger, de quoi dormir, et d'autres choses encore. Finalement nous n'avons que gagné en légèreté et en richesse d'expérience. Ceux qui se font dépouiller et en rient iront le cœur légé.
Nous avions décidé « À pied, au pas de l'âne, en Inde », et puis devant les difficultés administratives nous avions hésité, choisissant ce que nous croyions être une solution de facilité...
La vie a dit « non. À pied, au pas de l'âne, en Inde ».

 

 

L

     

     

           

        

 

 

 

 

 

                 

 

           

 

 

 

 

 

 

      

           

 

Commentaires (2)

1. Pierrot jeudi, 13 Février 2014

Kikou Morgane,
c'est Pierrot de louPixel :-)
ça déchire tes reportages :-)
de très bons et très beaux textes...essence-ciels :-)
et que de belles images !
ça fait trop plaiz de voir ta bouille depuis le temps ;-)
je vais regarder tout ça de plus près,
bonnes vibes et merci pour tout ce travail magnifique que vous avez fait !
bizoux
Pierrot

2. marilyne mercredi, 31 Juillet 2013

Ohhhhh! les copains!
je vous ai retrouves!!
partis precipitemment, on vs a meme pas dit aurevoir...
on vous aime
marilyne et sarel

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